Article 8: Adieu Euro vélo 6 ...

Publié le 5 Mai 2013

Alban, depuis Sofia.                                                                                                                  Dimanche 5 mai 2013

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En direction des Portes de Fer : la fosse aux serpents.

Roumanie 0381Roumanie 0369Dans l’article 6, je vous avais laissé avec ces quelques images des Portes de Fer. Après avoir longé le Danube sur quelques kilomètres, nous faisons notre première pause à un bistrot dont les seuls clients sont un couple d’allemands, un douanier, la gérante et son fils qui parle anglais.  Pendant que nous échangeons avec ce jeune, le douanier nous lance diverses questions quant  à notre voyage. Avachie dans sa balancelle, ses lunettes Bollé lui cachant les yeux, il ressemble plutôt au coq dans la basse-cour avec son uniforme. Il nous prend un peu de haut avec toutes ces questions. Il a toujours un mot à dire…

Roumanie 0357A Modova Noüa, une bande de gamins de 10-11 ans, qui profite de la chaleur pour boire un soda, nous bombarde de questions en anglais. Ils sont curieux. Lorsque nous leurs expliquons que nous voyageons en vélo, ils sont stupéfaits ! Ils n’en reviennent pas et des « oh »  s’échappent de leur bouche. Nous devrons même leurs montrer des photos de chez nous (nous avons emmené un album avec des photos de la famille, d’amis et de Genève) pour répondre à leur curiosité. Une gamine aux yeux  gris-verts magnifiques ne lâchera plus Jess !

Alors que nous continuons notre route dans des paysages toujours aussi magiques avec comme musique d’ambiance du manele s’échappant des fenêtres des habitations roumaines, une camionnette blanche nous double pour stationner 100 mètres plus loin sur le bas côté. Une femme et trois hommes, dont l’un portant une énorme caméra, sortent du véhicule. Ils nous demandent de nous arrêter. Nous donnerons notre première interview à une chaîne de télévision locale ! Nous sommes ravis de  cette petite heure de gloire !

A cet endroit, le fleuve sépare le sud des Carpates du nord des montagnes des Balkans.  Ces gorges valent vraiment le détour et les traverser en vélo est vraiment une chance.  Nous pouvons ainsi observer chaque détail, chaque changement et ainsi prendre le temps de nous arrêter où bon nous semble. Nous avons même par moment l’impression de voyager dans l’univers de Tolkien avec cette sculpture de la tête du roi Decabalus de Dacia (ancien nom de la Roumanie) est la plus grande statue en Europe (55 m  de haut).Roumanie 0384

Malgré le calme ambiant de toute cette région, nous sommes plus que vigilant. Il y a en effet énormément de serpents. Sur la route, bien que la plupart d’entre eux sont écrasés, certains sont encore bien vivants… Il y a en a même un qui en profitera pour se faufiler entre les jambes de Jess !

« L’homme frontière »

Bulgarie 0399Voilà le titre du dernier livre de Claude Marthaler. J’espère d’ailleurs que vous êtes allés nombreux aux enchaînés assister à la dédicace ! Nous pourrions appeler notre étape du 28 avril ainsi car en une seule journée, nous avons pédalé sur 3 pays différents. Nous avons tout d’abords pris notre petit-déjeuner en Roumanie, notre repas en Serbie puis notre dîné en Bulgarie. Le vélo serait-il devenu un moyen de déplacement trop rapide ? D’ailleurs, à la douane serbe, nous devrons une nouvelle fois affronter un cow-boy de douanier, portant fièrement son uniforme. En sortant de sa cabane à notre arrivée, il s’installe dans son fauteuil tel un pacha, à l’ombre d’un arbre. Là, il nous lâchera « Document ! » pour nous demander nos passeports. Toujours aussi aimables… Je me demande s’il n’existe pas des séminaires de douaniers pour apprendre à être aussi nonchalant.

Nous commençons à avoir nos petites habitudes de voyageurs et, comme souvent, nous apprécions nous arrêter sur les coups de 11h à la terrasse d’un café pour notre première pause. Et ce que j’apprécie le plus dans ces moments, c’est que les terrasses de village sont souvent tellement petites que nous devons partager notre table avec d’autres clients. C’est à chaque fois un moment convivial car les clients prennent toujours le temps de parler avec nous, entre deux gorgées de bière. Même si les échanges sont plutôt basiques, nous repartons toujours avec le sourire. C’est le cas lors de notre dernière pause en Roumanie. Les deux hommes, déjà bien entamés par la bière sous un soleil pervers, ne cessent de parler. Déjà que nous avons du mal à nous comprendre habituellement mais là, c’est mission impossible. ; mais qu’est-ce que c’est drôle ! C’est toujours un bon moment de rigolade !

Des sentiments démultipliés.

Depuis le début, je suis agréablement surpris de notre progression. Alors que nous avions très peu d’expériences de voyage à vélo, nous parvenons à obtenir une moyenne supérieure à 70km par jour depuis maintenant deux semaines. Nous sommes juste à l’écoute de notre corps qui n’hésite pas à tirer la sonnette d’alarme quand c’est nécessaire. Avec cette chaleur, nous souffrons quand même bien dans les côtes. Il fait presque 40°C au soleil et généralement il n’y pas d’ombre. Le vent de face est également bien pénible… Le pire ennemi du cycliste paraît-il… et bien c’est vrai ! Nous devons même pédaler dans les descentes quand le vent  vient nous percuter. C’est d’ailleurs sur les étapes où le vent se montre désagréable que nous avons nos seules courbatures…

Notre tandem se comporte comme nous l’espérions. En côte, il est lourd, très lourd mais ça on le savait. On ne peine pas pour autant mais on avance à moins de 5km/h… et c’est parfois soulant !Bulgarie 0409 Mais dans les descente, c’est le kif total ! Avec le poids du vélo et celui de la remorque qui nous pousse toujours plus vite, nous atteignons très vite de belles vitesses. Bon c’est vrai qu’à partir des 50km/h, Jess commence à crier mais tant qu’elle ne voit pas  le compteur, je peux toujours tricher un peu ! Pour celles et ceux qui se demandent, le vélo se comporte vraiment bien, même avec une remorque derrière. Je suis agréablement surpris par sa stabilité et sa maniabilité. Nous aurons eu qu’une seule défaillance mécanique pour l’instant. A 20km de Sofia, alors que ça grimpe dur, la chaîne vient se bloquer à deux reprises entre le premier et le deuxième plateau. Nous déciderons de ne plus utiliser le premier plateau jusqu’à la fin de l’étape. Pour celles et ceux qui ne voient pas encore les conséquences, c’est que nous ne pouvons plus utiliser les plus petites vitesses et ainsi mouliner dans les côtes. Je pourrais toujours réparer ça à l’auberge de jeunesse que nous avons réservé.

Côté bivouacs, nous ne pouvions espérer mieux… Nous étions partis dans l’idée d’être le moins visible possible, mais le plus souvent, nous demandons aux habitants si nous pouvons planter notre tente dans leur jardin. Nous campons alors tantôt chez des particuliers, tantôt dans les parcs publics ou encore à proximité d’un points d’eau. Nous nous sommes toujours sentis en sécurité. Je crois que le mieux est d’avancer en suivant son instinct. C’est la meilleure manière d’évaluer les risques.   Roumanie 0423Roumanie-avril-2013-0360.JPG

Je suis pour l’instant plus que content J J’aime partir le matin sans savoir où nous allons dormir le soir. J’aime ce nomadisme qui me permet d’être surpris de jour en jour. Nous faisons en moyenne cinq – six heures de vélos par jours et pourtant, aucune journée ne se ressemble.  Ce sentiment de liberté est juste jouissif et même si le voyage à deux peut être difficile à certains moments comme le disait Jess dans l’article 7, nous retenons que les bons côtés, laissant derrière nous les mauvais.Roumanie 0330

 

Un virage bulgare.

Note entrée en Bulgarie est un premier pas dans notre voyage. Il marque pour nous la fin du Danube. Nous avons en effet décidé de changer de cap et de passer par le centre de la Bulgarie pour rejoindre Sofia. Le Danube, cela fait plus de 1000km qu’il nous accompagne. Nous l’avons vu grandir. A l’état de rivière, il est devenu un fleuve de plus de 2km de large par moment. Les images me reviennent lorsque nous passons à Vidin. Je suis à la fois triste de le quitter et heureux de passer à une nouvelle étape.

Depuis notre arrivée en Bulgarie, nous avons remarqué un changement de comportement de la part des locaux à notre égard… Nous avons l’impression que les bulgares sont beaucoup plus froids que les roumains,  les serbes et les hongrois. Nos échangent deviennent plus rares mais lorsque nous le pouvons, nous essayons de briser la glace en parlant de notre voyage ou des cigognes, bien nombreuses sur les cheminées.Bulgarie 0402 Un soir, alors que nous venions de planter notre tente à proximité de Topovets, je vois un homme et un enfant qui pêche dans la rivière. Je décide d’aller à leur rencontre car au bout de sa canne à pêche, il n’y a pas d’hameçon mais une sorte de filet de 50cm de long. Je suis curieux. Après avoir lancé son filet en aval, Peter le remonte tout doucement en marquant par moment des temps de pauses – sous l’œil de son fils Peter junior. Je suis stupéfait par sa technique, d’autant plus que je suis toujours bredouille moi avec mon bout de maïs !  Peter a une cinquantaine d’années. Il est grand, sec et ses avant-bras sont remplis de tatouages. Nous passerons une demi-heure ensemble, en échangeant quelques mots au gré de ses prises.

A partir de maintenant, nous calculons notre itinéraire grâce aux conseils de Valérie-Anne, une autre cyclo-voyageuse qui est venue ici l’hiver dernier. Nous rentrons à nouveau dans des gorges. Nous apercevons la rivière plus bas. Les gorges sont bien plus profondes qu’en Roumanie et ça se ressent dans les dénivelés ! Ces trois derniers jours, avant notre arrivée à Sofia, seront assez exténuants. Notre rythme cardiaque varie en fonction de l’inclinaison de la route. Nous montons pendant un quart d’heure puis nous descendons 2 minutes. Voilà le rythme de nos journées !!!Bulgarie-avril-mai-2013-0417.jpg Mais ce travail fractionné n’est-il pas le meilleur moyen de d’améliorer notre endurance ? Vu qu’il faut toujours prendre le bon côté des choses, je ne me plains pas… puisque ce sera bénéfique pour la suite.

Au loin, en nous dirigeant vers Sofia que l’on devine entre deux virages, nous voyons nos premiers sommets enneigés. Ils nous font de l’œil, nous appellent. Mais je ne suis pas encore pressé de les rejoindre même si nous cuisons au soleil.

La belle Sofia.

Qu’est-ce que c’est stressant ces arrivées dans les grandes villes… Nous nous retrouvons sur une voie rapide énorme interdite aux vélos et devons zigzaguer entre les nids de poule et les voitures parquées en double fil. Après une petite heure et quelques engueulades, nous sommes enfin à notre auberge. Hostel Mostel est une énorme auberge. Plus de cent backpackers dorment sous le même toit ! Que c’est bon de voir de nouvelles têtes !

Nous ferons la connaissance de Baptiste, un genevois voyageant tout comme nous en vélo. Il attend Roxane, une parisienne qui va l’accompagner quelques jours. Nous l’accompagnons pour aller à la rencontre de Roxane qui squatte chez des amis venus faire quelques mois d’études à Sofia. Nous sommes accueillis comme de véritables amis et trinquons à la bière bulgare tout la soirée qui ne coûte qu’un euro les 2 litres ! Nous finirons notre soirée dans un bar éclairé uniquement à la bougie. Ce lieu est magique. Un couple danse du flamenco au milieu de tout le monde. Il y a un étage que nous devinons à la lueur des flammes.  Depuis plusieurs jours, je rêve de ricard avec toute cette chaleur. Et là, surprise, mes yeux se posent sur cette bouteille dissimulée parmi tous les autres alcool. Elle ne doit pas en servir souvent la gérante quand je vois ce qu’elle me sert, à moins que les doses soient vraiment différentes de chez nous. Dans mon verre de 20cl, j’aurais droit à 15cl de ricard et un glaçon ! Elle sera bien surprise de me voir lui demander un peu d’eau à plusieurs reprises pour adoucir un peu le goût de l’anis !

Depuis que nous sommes partis, j’ai remarqué que la moindre décision entraîne forcément des conséquences. Il est vrai que c’est pareil pour tout le monde – mais en voyage, c’est d’autant plus visible. Nous n’aurions pas rencontré Peter et Peter junior si nous n’avions pas pris ce petit chemin de terre pour retrouver une rivière. Et si nous n’avions pas pris contact avec cette Valérie-Anne, nous serions peut être pas passé par là. Et aujourd’hui, nous nous apprêtons à faire quelques étapes avec Roxane et Baptiste.

C’est quand même bien cool les voyages à vélo ! 

Rédigé par lattitudeterre

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medium.com 06/10/2014 09:11

Un festival ou un gala est un événement habituellement mis en scène par une communauté, centré sur et en célébrant un aspect unique de cette communauté et de ses traditions, souvent marqué comme un jour férié, mela ou eid local ou national.

Laurraine & Damien 19/05/2013 11:17

Yeahpa les tandemistes!!!

C'est vraiment bien sympa de vous lire, ça nous fait voyager presque autant que vous -;o)

Vu que vous avez trop chaud, vous pouvez nous envoyer un peu de chaleur, il parait que c'est le printemps ici, mouais!

A quand une petite vidéo de vos exploits d’ascensions? Ou un ptit interview avec vos vieilles ganaches qu'on n'a pas vus depuis trop longtemps?

Des gros bisous à vous deux les loulous!

antho 10/05/2013 18:05

Quelle verve ! J'ai voyagé un peu avec vous en ce vendredi, merci :)

pedram 08/05/2013 08:30

C'est depaysant de lire ces recits assis derrière un ordinateur au bureau...

Profitez !!!!!

Catherine Hämmerli 07/05/2013 11:07

Avec des SI nous metterions Paris en bouteille !!
Continuez, c'est magnifique de vous lire. Merci et courage.