Article 17: Dans le Tibet revendiqué

Publié le 21 Octobre 2013

Alban à Kunming, Chine                                                                         Le lundi 21 octobre 2013

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Sur le plateau tibétain

Après notre escapade à Lanzhou où nous avons envoyé notre vélo pour Kunming, nous avons pris un bus à destination de Xiahe. Ne pouvant rentrer dans le Tibet sans appartenir à un groupe et sans guide, nous nous sommes dirigés vers ces villes perchées à 3'000 mètres, où bon nombre de tibétains ont trouvé refuge. Installée le long de la rivière Daxia à 2960 mètres d'altitude, Xiahe se situe dans l'Amdo l'une des trois provinces traditionnelles du Tibet aujourd'hui en territoire chinois.

IMG_3050.JPG3 moines, au monastère de Labrang 

Sur place, nous avons rencontré Maxime avec qui j’avais randonné autour du lac Karakul, au sud de Kashgar. Ce français âgé de 24 ans vit depuis 3 ans en Chine. Il enchaîne les petits boulots pour pouvoir découvrir le pays et profiter des différents spots de grimpe. Une autre manière de voyager qui offre une immersion plus grande.

Tout comme nous, il aime flâner et découvrir la ville tranquillement, en marchant. C’est donc à trois que nous explorons la partie tibétaine de la ville qui abrite le monastère de Labrang, le plus grand monastère bouddhiste tibétain en dehors du Tibet. Etendu sur plusieurs kilomètres, le monastère peut être visité à pied. C’est d’ailleurs l’occasion de se mêler aux nombreux pèlerins venus de tout le pays pour faire grincer les moulins à prières ; certains n’hésitant pas à progresser sur le circuit rituel en faisant des Kiangchag, prosternations consistant à se jeter à plat ventre, à se relever et recommencer à l'endroit où les mains ou le front ont touché le sol.  

Notre balade est rythmée par les mantras que l’on entend surgir des temples et des maisons, ce qui confère à l’endroit une note encore plus sacrée…

11.-Chine-septembre-decembre-2013-3119.JPG

Moulins de prière à Langmusi

8 octobre 2013. Il est 7h, juste à l’heure pour prendre le bus pour Langmusi, notre deuxième étape sac au dos.

Après quelques heures assis inconfortablement, nous voilà arrivés ! Comme dans la ville précédente, il y a une nette scission entre les chinois et les tibétains. La partie tibétaine est principalement composée de monastères et la partie chinoise se caractérise par ses bâtiments sans charme, abritant essentiellement des commerces, des restaurants et des hôtels pour les nombreux pèlerins et voyageurs des régions avoisinantes. Tout comme à Xiahe, nous resterons dans la partie tibétaine, beaucoup plus vivante à notre goût !

La ville est petite et nous pouvons facilement tout parcourir à pied et flâner reste le meilleur moyen pour  s’imprégner de l’atmosphère particulière de Langmusi.

 

                      …. à la découverte d’une coutume ancestrale,

Maxime nous avait parlé il y a quelques jours d’une coutume funéraire tibétaine qui se pratique encore dans certains villages, bien qu’interdite par le gouvernement chinois.

Nous en avions vaguement entendu parlé auparavant sans vraiment savoir en quoi cela consistait. Nous nous sommes renseignés auprès des villageois pour savoir si nous pouvions assister à une cérémonie. Notre sentiment était d’ailleurs un peu mitigé car nous n’avions pas envie d’être intrusifs et nous imposer dans un moment aussi particulier. Nous nous sommes référés à notre propre culture en imaginant un étranger assister aux funérailles d’un de nos proches et cela nous a évidemment paru un peu étrange… Mais en parlant avec les gens du coin, ceux-ci nous ont conseillé de ne pas manquer une telle occasion.

Le Jhator qui signifie littéralement « donnant aumône aux oiseaux » est plus connu sous le nom de Sky Burrial, expression donnée par les touristes européens qui signifie enterrement du ciel.

Il représente un acte de générosité ; la nourriture servant ainsi à soutenir les êtres vivants. La générosité et la compassion sont des vertus extrêmement importantes dans la religion Bouddhiste.

Arrivés à 7h sur la colline qui surplombe la ville, nous venons de trouver l’emplacement servant au rituel, le restant des os humains trouvés sur place nous le confirme.

Une demi-heure plus tard, plusieurs voitures arrivent  et parmi eux le pick-up transportant le corps du défunt, recouvert d’un linceul blanc. Il est tout d’abord mis à nu avant d’être posé sur une grande roche plate. Pendant que les rogyaoas (« corps-brisseurs ») préparent le corps en l’entaillant avec un couteau, des membres de la famille sortent des voitures avec de gros sacs contenant les affaires personnelles du mort, pour les brûler. Les vautours commencent progressivement à se rassembler sur la colline avoisinante et attendent patiemment le début du rituel.

La scène est vraiment impressionnante. En quelques minutes, pas moins de 200 vautours encerclent la roche où est déposé le corps et attendent que les rogyaoas finissent leur préparation. Lorsque ces derniers s’écartent, les charognards se jettent sur le corps. Il y a en a tellement que celui-ci disparaît sous cet amas de plumes. En moins de dix minutes, alors que trois moines assis à même le sol récitent des prières, le corps à laissé place à un squelette.

Nous restons à l’écart observant la scène surréaliste qui se déroule sous nos yeux, envahit par un sentiment de fascination…

                          11.-Chine-septembre-decembre-2013-3163.JPG

Enterrement du ciel

En redescendant vers la ville, je me rends compte que nous avons eu beaucoup de chance d’assister à cette coutume qui est vouée à disparaître. Je ne sais pas comment vous allez la recevoir car ce n’est pas évident de décrire tout ça avec les mots mais mon souhait ici était de vous faire partager un moment intime de la culture tibétaine.

En plus de ses implications religieuses, jhator est également defendu par les tibétains comme manière écologiquement sage de rendre un corps, sans contamination, dans un endroit où l’incinération et l’enterrement sont difficiles, car le bois est rare et la terre est gelée une grande partie de l’année.

11.-Chine-septembre-decembre-2013 3034Maison traditionnelle tibétaine, à Labrang

Après Langmusi, nous reprenons la route en direction de Songpan puis de Chengdu, ville mondialement connue pour ses pandas!

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* Une nouvelle rubrique vient de paraître sur le blog: Les bons plans

Il s'agit d'une rubrique où nous décrivons les itinéraires que nous avons apprécié, les auberges sympas...

De plus, ayant quelques soucis avec dailymotion et youtube, nous ne pouvons vous partager nos vidéos. Mais ne vous inquiétez pas, quand tout rentrera dans l'ordre, vous pourrez rattraper le retard !

Rédigé par lattitudeterre

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céline 23/11/2013 21:15

Privilégiés certes, mais ils ont "travaillé" à ce privilège qui de fait n'en est pas un...
je pense bien faire comme vous dans les années à venir :)

pedram 23/11/2013 20:42

Je rejoins Celine sur le principe du vécu et de la narration.
En tout cas, sachez que vous êtes privilégiés de vivre cela.

Profitez

céline 28/10/2013 14:34

Bonjour à vous deux
aujourd'hui lundi c'est ma journée, je prend le temps de lire de vos nouvelles et j'avoue que j'ai beaucoup apprécié votre article....quelle magnifique cérémonie :) merci d'utiliser les joies du
verbe pour manifester votre émotion et si peu la photo ou le film...