Article 16: La Chine, pays du changement (en tout cas pour nous...)!

Publié le 6 Octobre 2013

Arrivée en Chine

Nous sommes en Chine! Difficile de se dire que nous y sommes parvenus à vélo, ça semble tellement loin...Mais ça y est ! Dépaysement total: après avoir été "perdus" dans la nature au Kirghizistan, dans un environnement la plupart du temps froid, avec de magnifiques montagnes enneigées nous voici atteris dans une ville animée, un des symboles forts de la Route de la Soie, en plein désert... Les scooters éléctriques semblent avoir pris possession de la ville et circulent à travers la vieille-ville au milieu des chameaux, quel contraste !

Nous y avons retrouvé Marcel avec qui nous avons évidemment partagé une (bonne) bière fraîche ! 

Ici nous sommes au Xinjiang, région autonome de l'Ouest de la Chine principalement peuplée d'Ouïghours et à majorité musulmane.

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Les Ouïghours prônent leur indépendance et refusent l'autorité de Pékin ce qui crée régulièrement des tensions avec la communauté majoritaire en Chine (Han). A l’instar des Tibétains, les Ouïghours sont l’une des nombreuses minorités du pays qui cherche à se défendre contre l’invasion, commanditée par le gouvernement, du peuple Han. Ainsi, les Ouïghours deviennent de moins en moins nombreux sur leur propre territoire et le contrôle devient alors plus facile pour Pékin.

 

"La résistance des Ouïghours, épine dans le pied de la Chine. Dans la province autonome du Xinjiang, frontalière avec l'Asie centrale, la minorité musulmane des Ouïghours et les Chinois de l'ethnie majoritaire Han s'affrontent au prix du sang. Les violents accrochages mardi, qui ont provoqué la mort de 21 personnes, dont six policiers, en témoignent.

Le régime de Pékin crie au "terrorisme", arguant que tout a commencé lorsque des insurgés ouïghours s'en sont pris à des policiers venus vérifier des inf

ormations faisant état de la présence de suspects munis d'armes blanches. De l'autre, l'ethnie musulmane turcophone, qui déplore une quinzaine de morts, évoque des violences de la part des policiers chinois. Une dichotomie classique, qui révèle le "total rejet entre les deux communautés", pour Jean-Vincent Brisset, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste de la Chine.

"Les deux communautés se haïssent"

Le problème n'est pas nouveau. En 2009, près de 200 personnes avaient perdu la vie dans des violences similaires. Là-bas, "l'affrontement est frontal", souligne le chercheur, qui évoque les racines du conflit : "à l'instar du Tibet, la province du Xinjiang est une région autonome, colonisée par les Chinois. Sauf que là où les Tibétains mènent une résistance relativement pacifique, les Ouïghours, eux, résistent avec violence". Et aujourd'hui, c'est peu dire que "les deux communautés se haïssent".

Car derrière l’appellation de région autonome, le Xinjiang vit littéralement à l'heure chinoise (Pékin y a imposé son fuseau horaire, les travailleurs se lèvent trois heures

trop tôt) et les autorités politiques sont entre les mains chinoises. L'enjeu : le développement économique de cette région pauvre, lieu de passage du gaz et du pétrole venant de l'Ouest et qui possède, en outre, d'abondantes ressources naturelles. C'est la "voie de la stabilité" qu'ont tenté de "faire dérailler des terroristes", résumait mercredi le ministère des Affaires étrangères chinoises. Mais pas assez pour gâter une situation que le gouvernement chinois juge "globalement bonne au Xinjiang"."

Metronews du 24-4-2013

 

C'est toujours particulier d'arriver dans un nouveau pays...Nous devons prendre la "température" pour nous adapter au mieux aux coutumes. Cela demande duIMG 1908 temps ! De plus, à Kashgar nous n'avons pas encore totalement l'impression d'être en Chine: les Ouïghours ressemblent beaucoup aux peuples d'Asie Centrale et c'est donc un peu chamboulés dans nos repères que nous passons nos premiers jours en Chine.

Après Kasghar, nous avons fait une halte à Turpan. Située en plein désert, cette ville a la particularité de se trouver à -150m au dessous du niveau de la mer. Cet oasis est un lieu propice à la culture viticole et est célèbre pour sa vallée de vignes. Nous avons bien évidemment goûté au vin local, pas mal, disons suffisamment bon lorsque cela fait 6 mois que l’on a pas bu une bonne bouteille !

Nous avons eu la chance de tester les trains chinois, dont nous avions beaucoup entendu parler ! Quelle super aventure de partager son compartiment (6 couchettes) avec les chinois : on fume, on mange des nouilles et on boit du thé… L’eau chaude distribuée à bord des wagons devient alors l’élément principal de survie, celle avec laquelle on fait son thermos de thé et qui nous sert à rendre les nouilles lyophilisées à peu près mangeables.

Nous sommes donc arrivés par le train à Wuwei, le 30 septembre. Le temps de récupérer noter tandem et nous voilà à nouveau sur les routes. L'objectif est de sortir rapidement de la ville pour bivouaquer à l'abri des regards.

Même si la motivation est là, nous avons du mal à nous remettre dans le rythme. Après presque 6 mois de voyage, on pourrait croire que nous sommes bien rodés mais il y a tellement de changements qu'il est impossible d'instaurer une routine, nous devons sans cesse nous adapter. Après cette portion de train qui nous a propulsés à l’est, le soleil se couche désormais à 19h. L'été a laissé place à l'automne. Nous devons alors nous arrêter suffisamment tôt pour profiter des derniers rayons du soleil et installer notre tente sur un tapis de feuilles jaunes. La température a également bien chuté, les nuits descendant sous la barre du zéro alors que nous sommes qu'à 2'000 mètres d'altitude. Tout cela est un peu brutal pour nous et le mental en prend un coup, en particulier pour Jess qui est malade depuis quelques jours...


Changement de programme

Sur notre carte, un col est indiqué à environ 130 km de Wuwei, mais nous ne connaissons pas l'altitude. Si l'on se fie au code couleur de la carte il devrait être entre 2'000 et 3'000 mètres. Jess n'aime pas les cols et dans son état, c'est encore pire. J'essaie de la rassurer en lui disant qu'il sera peut être à 2'300, 2'500 mètres ... mais les probabilités n'ont pas jouées avec moi. Après 2 jours de montée, nous franchissons le col à 3'000 mètres.

Alors que nous sommes à 2'800 mètres, Jess craque et fond en larme. J'arrête alors le vélo et je la vois s'asseoir par terre appuyée contre la barrière de sécurité, la tête entre les jambes, pleurer à chaudes larmes. "J'en peux plus", me lance t'elle. "Je suis trop fatiguée, je ne peux plus continuer comme ça". Ce n'est pas son premier coup de blues mais là, je sens qu'il y a un trop plein, qu'elle a énormément accumulé et qu'on doit se parler en toute franchise. Après quelques minutes, je comprends que l'itinéraire que nous avons choisi pour traverser la Chine en est principalement la cause.

Ne pouvant aller à Lhassa, nous avons choisi de longer la frontière tibétaine pour découvrir un peu plus cette culture. A la suite de l'occupation du Tibet par l'armée chinoise depuis le début des années cinquante, de nombreux tibétains ont trouvé refuge dans des villages situés dans les régions du Gansu ou du Sichuan. Or, ces villages sont souvent perchés sur les flancs de montagnes, à près de 4'000 mètres d'altitude...

Pour celle et ceux qui ne connaissent pas Jess, il faut savoir qu'elle n'aime ni le froid, ni les côtes. Il est vrai qu'il y a de quoi angoisser! L'hiver approchant, la neige ne devrait pas tarder à faire son apparition et bivouaquer dans ces conditions, c'est une autre histoire...

Je me pose alors à côté d'elle et essayons de lister sur un bout de papier toutes les solutions possibles:

- Renter chez nous ? C'est hors de question...

- Installer un moteur sur le tandem? C'est plutôt difficile.

- Renvoyer le tandem chez nous et m'acheter un vélo pour que je continue seul pendant que Jess profite de voyager un peu en train? Pourquoi pas ... mais en dernier recours.

 

Nous pourrions tout simplement modifier notre itinéraire en le décalant de quelques degrés à l'est. En évitant ainsi cette partie montagneuse, nous pourrions continuer comme avant sans se poser de questions... Il est clair que cette éventualité est la plus simple mais je ne peux m'y résoudre. Lorsque j'ai quelque chose en tête, j'ai du mal à y renoncer. J'ai entedu tellement de bien sur ces régions que je ne veux pas les contourner. Têtu ? Juste un peu !

Il est vrai que depuis le début de notre voyage nous avons toujours planifié notre itinéraire par rapport à ce que l'on voulait voir. Je ne me suis jamais préoccupé des difficultés pour y parvenir. Je ne voyage pas à vélo pour rester sur des nationales et aller au plus simple mais pour découvrir des paysages à couper le souffle, des nouvelles cultures... et plus l'accès est difficile et plus le plaisir de la découverte est grand.

Aujourd'hui, c'est différent. Jess tire sur la sonnette d'alarme et si je ne veux pas continuer seul, nous devons modifier notre manière de faire... Après de longues discussions, nous choisissons d'envoyer par le train notre tandem et une partie de nos bagages à Kunming, situé au sud du pays, à environ 800 km de la frontière avec le Laos.

Nous nous sommes toujours dit que nous devions être à l'écoute l'un de l'autre et que le voyage reste toujours un plaisir pour tous les deux ! Et surtout nous avons la chance de pouvoir choisir et faire ce que l'on veut!

Nous allons alors nous adapter à une nouvelle manière de voyager, sac au dos. Nous en achetons d’ailleurs un sur la route que nous remplissons de quelques affaires. Le reste, on y récupérera plus tard…

En attendant nous arpentons les routes des villages tibétains, encore un autre visage de la Chine à découvrir !

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Rédigé par lattitudeterre

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Commenter cet article

François 21/10/2013 07:26

salut Jess et Alban,

c'estFrançois, le français rencontré a Sonpian
merci pour cette journée et bonne continuation à vous deux

ça fait plaisir de croiser un couple en vélo aussi sympaque vous deux mais bon quel courage à toi Jess (à moins que je me trompe ce message est peut etre pour Alban)
en tout cas, si à votre retour vous voulez passer danslesAlpes Françaises, à Flumet.
vous avez mon adresse

François

Alban 17/10/2013 11:15

Merci à vous tous pour vos mails et vos messages de soutien...
Ne vous inquiétez pas pour nous, après quelques bières, Jess va beaucoup mieux! Les coups de blues font partis du voyage.
Alban, depuis Leshan - Chine.

Darsel Geneviève 15/10/2013 07:13

J'ai fais votre connaissance dans de tristes circonstances .Ce que vous accomplissez est courageux et je comprends l’abattement de Jess. L'être humain a ses limites, mais je suis sûre que la
"pêche" va revenir!A très bientôt pour le nouvel article.

Carole 15/10/2013 06:24

Une énorme pensée vous accompagne. Chaleur, courage,espoir et persévérance.
Plein de bisous

céline 14/10/2013 13:18

Bien le bonjour à vous deux, je vois que c'est difficile en ce moment..mais au moment ou j'écris ces quelques lignes peut être Jess va mieux physiquement ? Y'a pas de secret en ce bas monde, le
physique a une énorme importance surtout quand il commence à faire froid...je comprend Jess et je comprend aussi Alban mais j'imagine que les compromis doivent faire partie de votre aventure (et
non on ne peut pas tout faire et tout voir :)
plein de bisous chaleureux ...z'avez pris une bouillotte ? :)

Brigitte 10/10/2013 20:32

Bravo a toi !!!!!!!!!tu as su écouter ta femme, tu sais Jess a été déjà très courageuse, ce n'est peut etre que de la fatigue accumulée mais le moral va revenir. Courage a vous deux .Chez nous
aussi depuis ce matin ,le froid est arrivé, 14 °la journée ,prenez bien soin de vous, et que cet exploit reste un plaisir. on vous embrasse tous les deux.

Antho 09/10/2013 12:17

Courage ! Bientôt plein de chaleur avec l arrivée au Laos, je pense fort a vous.