Article 13: Quelques mots d'Iran...

Publié le 24 Août 2013

 

Jess et Alban à Samarcande - Ouzbékistan,  le 24 août 2013

 

Pédaler pendant le ramadan

 

Nous sommes rentrés en Iran le premier jour du ramadan, le 9 juillet. Ne sachant pas à quoi nous attendre, nous avons tout fait pour être le moins visible possible lors de nos pauses « casse-croûte », voulant ainsi s’accorder au mieux avec les règles du pays…

C’est donc planqués derrière des maisons abandonnées ou perdus entre deux villages que nous nous arrêtions pour grignoter quelque chose. Très vite, nous nous sommes rendus compte que beaucoup d’iraniens dérogeaient à la « règle » et se cachaient le plus souvent dans les épiceries pour boire leur thé ou fumer leurs cigarettes. Les quelques restaurants que nous croisions au bord de la route offraient, pour certains, la possibilité de se restaurer durant la journée, bien cachés derrière les vitres recouverts de papier journal…

 

Le ramadan n’est donc pas un problème en soi pour toute personne souhaitant se rendre en Iran pendant cette période. Il faut néanmoins se faire discret, d’autant plus dans les grandes villes : la présence de policiers est plus importante…

Le plus difficile au cours de ce mois était de ne pas pouvoir s’arrêter librement pour pouvoir faire notre pause. Il y règne ici une ambiance bien particulière, comme si toute activité semblait être suspendue, comme si la ville était endormie, au ralenti.

 

Lors de l’un de nos bivouacs sur la plage, la personne chargée de faire respecter l’espace mixte (les plages sont divisées en trois parties : 1/ où les hommes peuvent se baigner, 2/ la partie mixte où les hommes et les femmes peuvent se promener mais où la baignade est interdite et 3/ la partie où les femmes peuvent se baigner) s’approche de nous avec un jerrican de 5 litres d’eau.  Il ne cessait de nous remplir des verres d’eau pour nous rafraîchir et nous désaltérer, la température avoisinait les 50°.

Mais lorsqu’il s’en est servi un, il s’est caché entre Jess et moi pour que personne ne le voie. Cet homme travaillait toute la journée en plein soleil (le soleil iranien !), à marcher sur une plage de sable brûlant sans avoir le droit de boire une seule goutte entre 5h30 et 20h30. Devoir se cacher pour ce simple geste si banal à nos yeux et si vital, nous semblait totalement injuste…

 

 

Une dictature à dénoncer

Pour comprendre un peu plus l’Iran d’aujourd’hui il est nécessaire de s’attarder sur son histoire politique, surtout depuis la Révolution Islamique de 1979….

 "En 1963 ont lieu les premières émeutes en Iran, au cours desquelles se fait (déjà) remarquer un jeune agitateur islamique du nom de Khomeini...  

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      Khomeini

 

Mohammad Reza Pahlavi       

(Chah d’Iran)Shah of iran-copie-1

Ou la révolution Islamique de 1979...

Mohammad Reza Chah Pahlavi ou Muhammad Rizā Shāh Pahlevi né le 26 octobre 1919 à Téhéran et mort le 27 juillet 1980 au Caire,  est le dernier Shah d'Iran qui régna du 16 septembre 1941 au 11 février 1979. Contraint à l'exil le 16 janvier 1979, il fut remplacé par un conseil royal et renversé par la Révolution Iranienne(conduite par Khomeini). Mohammad Reza Pahlavi n'a jamais abdiqué officiellement.

Mohammad Reza succéda à son père, Reza Chah, lorsque ce dernier fut contraint d’abdiquer en septembre 1941, peu après l'invasion anglo-soviétique. À la tête d'un empire occupé, soumis au bon vouloir de Churchillet Staline , le jeune chah fut également confronté aux tentatives sécessionnistes dans les provinces du nord-est et aux rébellions tribales dans le sud du pays. Après la Seconde Geurre Mondial,Mohammad Reza Pahlavi se rapprocha progressivement des Etats-Unis  et entretint des liens très étroits avec la Maison Blanche , en particulier avec les présidents Dwight Eisenhower et Richard Nixon. 


L’essor de la production pétrolière au Moyen-Orient entraîna sous son règne une crise internationale qui allait opposer le Premier ministre nationaliste Mossadegh et la Grande-Bretagne. Appuyé par l’armée et les services secrets anglo-américains qui renversèrent  Mossadegh, Mohammad Reza Pahlavi fut restauré sur le trône après un bref exil en Italie.

Évoluant ensuite vers une conception plus nationale, réformiste  et autoritaire de la politique intérieure, le chah d’Iran entreprit, par référendum, un vaste programme de progrès social et de développement économique (la révolution blanche ). À l’extérieur, tout en demeurant un allié de premier plan pour les Américains et les chancelleries occidentales, Mohammad Reza Pahlavi se rapprocha progressivement de l’ Union Soviétique puis de la  Chine traduisant ainsi un désir d’émancipation et de neutralisme.


Si la politique volontariste du chah améliora considérablement le niveau de vie des Iraniens et permit au pays une modernisation rapide dans les années 1960 et 1970, elle contribua à élargir le fossé économique, social et culturel entre une élite fortement occidentalisée et une classe populaire sensible au  conservatisme religieux. En 1978, de plus en plus critiqué, le chah dut faire face à un soulèvement populaire (la  Révolution Iranienne ) qui s'accentua au fil des mois et d'où émergèrent les fondamentalistes chiites inspirés par l' ayatollah Khomeini.

Après des mois de protestations populaires et de manifestations contre son régime, Mohammad Reza Pahlavi quitte l’Iran le 16 janvier 1979. Le 1er février 1979 Khomeini revient en Iran après un exil de 15 ans. Après la proclamation de la neutralité des forces armées dans la révolution, Khomeini déclare la fin de la monarchie le 11 février  et met en place un  gouvernement provisoire où toutes les institutions et les activités de l' Iran sont fondées sur les principes de la loi coranique. Il existait une grande jubilation en Iran autour de la destitution du Shah, mais il existait aussi beaucoup de désaccords sur le futur de l’Iran. Alors que Khomeini était la figure politique la plus populaire, il existait des douzaines de groupes révolutionnaires, chacun ayant sa propre vue concernant le futur de l’Iran. Il y avait des factions libérales, marxistes, anarchistes et laïques, ainsi qu’un large panorama de groupes religieux cherchant à modeler le futur du pays.

 

Et depuis…?

Le 22 septembre 1980, profitant de la faiblesse des forces armées iraniennes qui subissent des purges du nouveau régime islamique, l’ Irak envahit l'Iran. La politique officielle des États-Unis cherche à isoler l’Iran. Les États-Unis et leurs alliés fournissent des armes et de la technologie à Saddam Hussein, qui a pour objectif de s’emparer des champs de pétrole du Khuzestan.


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Après la mort de Khomeini le 3 juin 1989,  une assemblé d'experts choisit le président sortant, Ali Khameini (ci-contre) comme  guide de la Révolution. La constitution est modifiée à la suite de son arrivée au pouvoir.

Pendant la deuxième guerre du Golfe en 1991, le pays reste neutre (il permet toutefois à l’aviation irakienne de se poser en Iran et aux réfugiés irakiens de pénétrer son territoire).

La révolution et la guerre avec l’Irak ont beaucoup pesé sur l’économie du pays, ce qui conduit des pragmatiques comme  Hachemi Rafsandjani  à devenir président en 1989 puis 1993. L’échec des politiques économiques et de la modernisation de l’état iranien voit l’élection de Mohammad Khatami  un religieux modéré, en 1997. Celui-ci doit diriger le pays en tenant compte des exigences d’une société demandeuse de réformes et de l'influence d’un clergé très conservateur, qui souhaite garder la mainmise sur le pouvoir. Ce décalage atteint son paroxysme en juillet 1999 où des protestations massives contre le gouvernement ont lieu dans les rues de Téhéran. Khatami est réélu en juin 2001 mais, aussitôt, les éléments conservateurs du gouvernement iranien œuvrent pour déstabiliser le mouvement réformateur, bannissant les journaux libéraux et disqualifiant les candidats aux élections parlementaire et présidentielle.

L’échec de Khatami à réformer le gouvernement cause une apathie grandissante parmi la jeunesse. Le maire ultra-conservateur de Téhéran, Mahmoud Ahmadinedjad  est élu président en 2005 (plus de 1000 candidatures sont invalidées par le conseil des Gardiens). On observe alors un durcissement du discours nationaliste par le président, qui vise ainsi à asseoir la légitimité du programme nucléaire iranien et les décisions de  politique étrangère malgré l’opposition américaine.

 

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Hassan Rouhaini

 L'éléction présidentielle de 2009 est marquée par la réelection contestée  de Mahmoud Ahmadinedjad, ce qui donne lieu à des manifestations de masse d'opposition, probablement les plus importantes depuis la Révolution de  1979. Ces manifestations pacifiques sont réprimées avec violence par le pouvoir islamique : même si leur nombre exact est encore inconnu à ce jour, des centaines de manifestants auraient été tués par les milices pro-gouvernementales  Bassiji ou les policiers antiémeutes faisant aussi de nombreux blessés, et plus de deux mille arrestations auraient été opérées

(source Wikipedia)

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Révolution de 1979


Après avoir passé 36 jours dans ce pays, nous avons été surpris de voir à quel point les iraniennes et iraniens sont contraints par le régime. Comme beaucoup de gens, j’avais quelques aprioris sur ce pays et je pensais par exemple que la population était bien plus pratiquante, que les femmes étaient libres ou non de porter le voile… Tout ça, c’était bien avant de traverser le pays.

Avec les nombreuses personnes que nous avons rencontrées, nous avons pu partager un peu plus sur nos cultures respectives et ainsi apprendre ce que le régime imposait aux iraniens. Par exemple les hommes et les femmes ont l’interdiction de se baigner ensemble à la mer ou à la piscine, les femmes sont obligées de porter un foulard sur la tête, contrôle sur l’accès aux sites internet (Youtube et Facebook sont interdits) et impossibilité de commander des produits étrangers sur le Net, l’alcool est strictement interdit et les parents n’ont pas le libre choix du prénom de leur enfant (ils doivent choisir un prénom perse ou arabe). Et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres…

Très rapidement on se rend compte du décalage entre le régime et la population. Nous n’avons pas rencontré une seule iranienne qui appréciait de porter le voile (il tient généralement grâce à un énorme chignon sur l’arrière de la tête), ni un seul iranien qui jeûnait pendant le Ramadan…

Nous pensions naïvement que leur nouveau président Hassan Rohani élu le 14 juin dernier et considéré comme modéré allait changer quelque chose mais c’est sans compter sur Ali Khamenei, l'actuel Guide suprême de la Révolution islamique, ce qui est le poste le plus élevé de la République islamique d’Iran, qui tire toutes les ficelles. En Iran le président n’est qu’une marionnette qui sert à gérer les relations diplomatiques mais qui n’a, en fin de compte, aucun pouvoir…

Les iraniens subissent sans pouvoir lutter. D’ailleurs, les quelques courageux qui ont osé s’élever face à ces violations des Droits de l’Homme lors des manifestations de 2009, ont mystérieusement disparu… Et lorsque nous leur posions la question : « Mais, lorsque Khamenei sera mort, le pays s’ouvrira, ça ira peut-être mieux ? » On te répond « Il y en aura un autre et ce sera sûrement pire ! ».

Cette dictature imposée depuis une trentaine d’années est si forte que les iraniens semblent s’y être résignés….

En découvrant tout ça, nous avons le devoir de le partager et de faire connaître ces violations au-delà des frontières du pays. Il n’y a rien de pire que de banaliser cette situation… Je trouve ça dur et triste d’entendre de la bouche d’une jeune femme de 30 ans qu’elle ne souhaite pas être mère car elle ne veut pas imposer cette vie à un enfant. Il y a également toute une génération qui n’aspire qu’à une seule chose : obtenir un visa pour l’espace Schengen ou les Etats-Unis pour pouvoir quitter le pays. Quelle tristesse de voir tous ces jeunes qui sont obligés de s’expatrier et de s’éloigner de leurs racines et de leur culture pour retrouver un peu de libertés et de dignité…

 

L’accueil

L’hospitalité en Iran est légendaire… Tous les voyageurs qui ont eu la chance d’y passer quelques jours vous le dirons : « C’est le plus bel accueil au monde ».

Même s’il y a des villes chargées d’histoire comme Isfahan, Shiraz, Persepolis, une jungle digne de l’Asie du sud-est ou encore des sommets culminant à plus de 4500 mètres, la traversée de l’Iran c’est avant tout une aventure humaine. Nous avons lu énormément de récits sur ce beaux pays mais les mots sont bien en-dessous de que nous pouvons ressentir. L’hospitalité est si grande qu’à plusieurs reprises nous nous sommes sentis gênés… Je repense à Siavash qui nous a accueilli à Téhéran et qui a remué ciel et terre pour nous venir en aide. Il a réussi à nous trouver un mécanicien capable de nous purger les freins hydraulique à 21h (on partait le lendemain) et à faire venir une huile spéciale depuis Isfahan en bus (6h de route) pour réparer la bourde que j’avais fait. Mais pour lui, il n’y avait rien de plus normal… Comme disait une jeune, «C’est ça l’Iran ».

Les invitations se multiplient au fil de kilomètres si bien que nous sommes contraints à en refuser (pour la première fois). Lorsque tu te lèves à 4h30 pour rouler tôt le matin, c’est toujours difficile de dormir chez l’habitant car tu sais que tu te coucheras tard. 

S'empare alors de nous un sentiment tout nouveau...Chaque jour nous recevons d'une population qui subit un régime autoritaire et une économie décroissante et nous ne comptons plus le nombre de pastèques, melons, thé, pains, etc. offerts spontanément au bord de la route, ni tous les services qui nous ont été rendus...

Nous nous sentons mal à l'aise de ne pas pouvoir rendre la pareille. Mais lorsque nous souhaitons inviter un iranien à manger ou lui offrir un thé nous nous heurtons toujours à la même réponse et on nous prie de ne pas insister: "Be my guests, please.."

Pourtant nous avons choisi d'être là, sur notre vélo, nous avons des sous avec nous, suffisamment de sous pour offrir un repas ou pour payer une prestation qui nous a été offerte. Mais les iraniens croyent au Karma (si on peut appeller ça ainsi) et nous répondent avec le sourire: "Quand je viendrai dans votre pays je serai votre invité et si je vous aide maintenant, je pense que quelqu'un d'autre, ailleurs, m'aidera lorsque j'en aurai besoin..."

 

Karma ou pas je crois que cela s'appelle communément la solidarité....

 

Rédigé par lattitudeterre

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Jessica 24/08/2013 10:56

Désolée pour la mise en page pourrie, mais après 2h a essayer de faire un truc correct (avec la connexion qui coupe de temps en temps bien sûr...) je capitule... Bonne lecture quand même ;)