Article 12: L'Iran, entre frustrations et émerveillement

Publié le 9 Août 2013

 

Alban et Jess, depuis Téhéran – Iran                             Vendredi 9 aout 2013

 

Pourquoi l’Iran ?Iran 1617

9 juillet 2013, il est 16h et nous sommes en train de faire tamponner nos visas à la douane iranienne. Un nouveau pays, une nouvelle monnaie, une nouvelle langue et un alphabet persan indéchiffrable à nos yeux… Après plus de deux mois en Turquie où nous commencions à avoir assez de vocabulaire pour formuler nos demandes en turc, le changement est difficile – d’autant plus que le ramadan commence le même jour que notre entrée. Nous sommes néanmoins ravis de partir à la découverte de ce pays ; Nous en avons tant entendu parler…

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Il y a quelques mois, alors que nous étions encore à Genève en train de planifier notre route pour rejoindre l’Asie centrale, un ami me demande pourquoi nous ne passons pas par l’Iran. Il a découvert ce pays à travers les écrits de Nicolas Bouvier et ses yeux s’illuminent à chaque fois qu’il parle de Tabriz.

Nous réfléchissons, parcourons les blogs pour en apprendre un peu plus sur ce pays si méconnu et décidons de modifier notre itinéraire en rassurant famille et amis sur l’hospitalité iranienne.

 

En route vers Tabriz

Trois jours nous sont nécessaires pour rejoindre Tabriz. Les paysages sont arides, les montagnes couleur ocre et les terre dépourvues de cultures. Seuls quelques pierres et chardons trouvent leur place dans cette régions désertique.

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Iran 1258Avec les 50°C au soleil, nous devons changer notre manière de rouler en nous réveillant à 5h du matin ; mais avec le décalage horaire (+1h30), nous avons du mal à se mettre dans le rythme.

 

L’arrivée dans Tabriz à vélo est une horreur ! Rien à voir avec des villes comme Budapest, Belgrade ou encore Istanbul… Les iraniens sont les pires conducteurs que je n’ai jamais vu. Jamais je n’aurais pensé avoir aussi peur à vélo et je n’ose même pas imaginer Téhéran qui compte 17 millions d’habitants.

 Sur la 4 voies qui permet de rentrer dans la ville, il ne faut pas s’étonner de voir 5 rangées de voitures (et un tandem) ! Les iraniens sont tellement sympas qu’ils n’hésitent pas à s’arrêter sur l’une des voies pour vous souhaiter la bienvenue (Wel Come in Iran,  comme c’est écrit au poste frontière !) et si par malheur vous vous arrêtez pour chercher votre chemin, c’est tous les véhicules qui s’arrêtent pour vous venir en aide, créant ainsi de beaux embouteillages. Et comme chaque entrée dans une grosse ville, je perds patience, je m’énerve et me décharge sur Jess…

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L'accueil iranien

Alors que nous sommes arrêtés sur un « zébra », au beau milieu du périphérique tabrizi, un 4x4 se colle à nous et le conducteur, Merhan, nous propose de nous accueillir chez lui. En apprenant qu’il habite dans un appartement, nous préférons refuser son invitation car c’est toujours un problème pour y parquer les vélos – d’autant plus que nous sommes avec Camille et Xavier et que deux vélos et un tandem, ça prend vite beaucoup de place ! Je suis également bien gêné par son offre car cinq minutes plus tôt, je me suis énervé en partie sur ce conducteur car il nous doublait sur la droite et avait tendance à nous coller d’un peu trop près…

Merhan insiste et souhaite nous montrer la maison de sa mère. « Si ça ne vous plait pas, je vous emmènerai autre part »,  répète t’il car il sait très bien qu’au fond de lui, nous serons charmés par cette belle maison, située sur les hauteurs de Tabriz ! Nous passons en effet trois jours chez Rana, sa maman.Iran 1706

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Durant ces trois jours, Eshan, le frère de Merhan , qui vit encore chez sa mère, s’improvisera en guide touristique et nous fera visiter les principaux monuments de la ville : l’Arche, la mosquée bleue où encore le célèbre bazar; le plus grand du monde.Iran 1673

Malheureusement, en cette période de ramadan, il faut oublier les petits restaurants et les pauses à l’ombre d’un arbre pour boire un verre.

Mais la maison de Rana nous offre un espace de détente agréable, loin de la chaleur étouffante de la ville et surtout un endroit propice aux discussions, loin de regards extérieurs... Un tapis est posé sur le sol dans la cour intérieure, le thé et les biscuits sont servis à toute heure de la journée et avec Merhan et sa famille nous échangeons sur nos cultures respectives.

 

Nous en apprenons beaucoup sur l’Iran… Mais ce que nous avons entendu, pouvons-nous le retranscrire sur notre blog ?  Pouvons-nous décrire la souffrance d’un peuple entier, la grande solidarité qui les anime et leur permet de survivre dans un régime islamiste et autoritaire ? Les jeunes adultes, qui ne veulent même plus mettre au monde des enfants, si c’est pour leur offrir une vie sans avenir ? L’espoir qu’ils nourrissent malgré tout de voir un jour les choses changer ? Pouvons-nous décrire leur grande générosité, sans limites, sans pareil ? La douceur de leur langue, si chantante et joyeuse ? L’Iran ne s’explique pas, il se vit. Dans un mélange de révolte, d’indignation et d’émerveillement…

Nous passons trois jours dans la maison de Rana, accueillis comme ses propres enfants nous dit-elle.  Dur de continuer la route lorsque l’on se sent si bien installés…

Mais l’appel de la route est toujours plus fort… pour l’instant.

 

Nous avons planifié notre itinéraire pour rejoindre Téhéran et avons décidé pour la première fois de notre voyage de longer la mer. Merhan nous prévient : c’est la jungle là-bas !

Après 3 jours de voyage nous atteignons la côte de la mer Caspienne (qui est en réalité un lac salé…) situé à 30m en dessous du niveau de la mer. Nous quittons le plateau situé à 1600m d’altitude et entamons une descente vertigineuse en direction d’Astara à la frontière avec l’Azerbaïdjan.

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Le paysage change radicalement : d’une région aride et semi-désertique nous passons à un climat qui ressemble à s’y méprendre à l’Asie du Sud-Est. Il fait encore plus chaud, l’air est humide.

Nous passons quatre jours à rouler avec la mer à nos côtés. Nous aurons même la chance de trouver une plage où les hommes et les femmes peuvent se baigner ensemble…

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Nous avons hésité sur l’itinéraire à emprunter pour rejoindre Téhéran : soit passer par Rasht et Qazvin, dans les terres soit continuer sur la côte jusqu’à Chalus. Nous avons opté pour la deuxième solution tout en sachant que depuis Chalus il nous faudra faire du stop pour rejoindre la capitale : en effet Téhéran est entourée de montagnes depuis Chalus il n’y a pas moins de 4’000m de dénivelés positifs sur 80km. Pour la plupart d’entre vous ça ne vous parle pas forcément mais avec un tandem et une remorque on se sentait parfaitement incapables de le faire à vélo !

Arrivés à Chalus, nous nous postons donc au bord de la route, en plein soleil et guettons les Zemyad (sorte de pick-up bleus typiquement iranien) en route pour Téhéran.

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Au bout de deux heures et après avoir négocié avec plusieurs transporteurs potentiels, nous nous résignons à prendre le bus. La plupart des personnes qui se sont arrêtées au bord de la route nous demandait un prix bien trop élevé pour notre porte-monnaie à ce moment-là (il nous restait l’équivalent de 12 euros en poche).

 

Après avoir littéralement coupé le vélo en quatre pour qu’il puisse rentrer dans la soute de l’autobus, nous filons donc vers la ville aux 17 millions d’habitants, contents de ne pas avoir à y pénétrer à vélo…

 

Passe le temps a Tehran

Nous avions un contact qui nous attendait de pied ferme à Téhéran : la famille d’un copain à Alban (c’est chouette d’avoir des relations…), qui habite à l’année à Nice mais vient passer quelques jours de vacances dans leur ville natale. Encore une fois nous sommes reçus comme des rois…

Nous devons rester quelques jours à Téhéran afin de lancer les démarches pour les visas Ouzbèque et Turkmène et les premiers jours sont entièrement dédiés à cela : aller au consulat ouzbèk, se rendre compte qu’il manque des documents, aller à l’ambassade suisse et française pour faire des lettres de recommandations, retourner à l’ambassade ouzbèk, attendre 3h30 juste pour donner les papiers manquants… Bref, un parcours que connaissent bon nombre de voyageurs.

Nous visitons peu la ville. En période de Ramadan les rares points d’intérêt sont souvent fermés ou voient leurs horaires complétement modifiés. De plus, la ville est très polluée et le trafic est saturé ce qui rend les déplacements peu agréables : rester enfermé 3h dans une voiture, avec l’air conditionné à fond avec un iranien au volant (on vous l’a dit les iraniens conduisent comme dans un jeu vidéo !) met votre estomac à rude épreuve…

 

Nous partons donc, en bus, en direction d’Isfahan, pour 3 jours. Cette ville, située à environ 500km au sud de Téhéran, est un véritable trésor paraît-il et offre bien plus de curiosités que la capitale. De plus, cette escapade offrira une trêve salutaire à nos pauvres poumons malmenés par l’air Téhéranais.

C’est ainsi que nous nous laissons portés par la douceur de cette ville, aux aménagements ombragés et à la circulation bien moins redoutable… Nous  visitons le bazar, célèbre pour ses nombreux artisants (cuivre, céramique, porcelaine, etc), la place Imam Khomeini (la 2ème plus grande place au monde après la place St-Marc de Venise) le cœur de la ville, ainsi que le fameux pont Pol-e Shahrestan sous lequel, ce jour ci, il n’y avait pas d’eau qui coulait…

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Apprendre de ses erreurs...

A notre retour à Téhéran, nous lançons les dernières démarches pour les visas, ça y est on voit bientôt le bout du tunnel… Nous nous rendons d’ailleurs vite compte que les queues (ou les files d’attente) en Iran sont tout simplement à l’image de leur conduite sur la route : dès qu’il y a une brèche pour s’y faufiler, on y va ! Peu importe qui était là avant ou qui a la priorité ! Nous apprendrons donc à jouer des coudes et adopter l’attitude locale pour ne pas se laisser (trop) passer devant….

 

Les allers-retours en taxi à travers la ville commencent à épuiser tout notre réserve d’argent. Et en Iran, il est impossible pour les étrangers de retirer de l’argent….Qu’allons-nous faire ? Nous sommes déjà passé il y a quelques jours de cela à l’ambassade suisse pour se faire dépanner de quelques rials (Pour un bref retour en arrière, comment vous dire…Nous savions qu’il était impossible de retirer de sous en Iran mais oh ! voilà que nous voyons sur un forum qu’en allant dans les banques au guichet il est tout à fait possible d’obtenir de l’argent liquide. Portés par notre âme désormais devenue bien plus aventurière, nous nous rendons, sûrs de nous en Iran avec seulement 150 euros en poche pour un mois de voyage…Inutile de vous dire que dès que nous sommes arrivés à Téhéran nous sommes allés directement demander de l’argent à l’ambassade suisse après s’être aperçus que, effectivement, il y a bien longtemps que les étrangers ne peuvent retirer de l’argent en Iran. Bien fait pour nous et que ça nous serve de leçon… ).

 

Donc il ne nous restait qu’une seule solution : demander à notre bien chère France si elle voulait sauver la peau de deux jeunes cyclos.

On vous la fait courte : reçu à l’ambassade par la responsable de la comptabilité, elle nous donne une fiche pour faire un virement mais, zut, il faut un compte français, et en plus ça prend 4 jours ! –« Mais on a plus d’argent madame on va faire quoi ? » Jess lui propose de faire tout de suite un virement sur leur compte (on-line) et qu’ils nous donnent des sous tout de suite (faut pas me dire qu’il n’y a pas de dollars qui traînent dans cette ambassade ?!). «-Non, répond la jolie dame à lunettes, ce n’est pas possible on ne fait pas ça comme ça chez nous ! ». D’accord… -« Par contre on peux vous avancer de l’argent pour retourner en France si vous voulez mais sinon on ne peut rien faire ! », -« Donc si je comprend bien vous êtes prêts à débourser près de 2000euros pour qu’on rentre chez nous mais vous ne voulez pas nous dépanner de 500euros (qu’on vous rend d’ailleurs) ? », Rire jaune de la dame à lunettes… « -Mais vous êtes jeunes vous allez trouver une solution ! ». J’hallucine…

-« Bon ben c’est pas grave, merci la France, on va se débrouiller sans argent alors ». Jess a bien essayé de pleurer mais la dame à lunettes n’est pas du genre à se laisser attendrir on dirait…

 

Heureusement, plus tard on a réussi à trouver une solution, un de nos hôtes nous a avancer l’argent et on lui a fait direct un versement on-line…Ben oui, c’est pourtant pas compliqué !

 

C’est donc enrichis de quelques rials que nous finissons notre séjour à Téhéran. Nous avons la chance pendant quelques jours d’être accueillis chez Siavash, membre WarmShowers, qui nous fait visiter un peu la ville et surtout qui nous aide à trouver des pièces de rechange pour le vélo.

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La prochaine étape ce sera Mashhad, ville situé à l’est du pays non loin de la frontière Turkmène. Nous nous y rendrons en train, on a perdu assez de temps ici et il faudra passer le col pour rejoindre la Chine autour du 20 septembre… Et oui, car même si on part faire un voyage à vélo pour être le plus libre possible nous sommes toujours tributaires de quelque chose : du temps que prennent les démarches administratives, des imprévus, des saisons. Et ça nous apprend à prendre notre mal en patience, à relativiser, à improviser et se dire que finalement, on n’est pas si mal là où on est…

 

 

 

 

 

 

Rédigé par lattitudeterre

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Laptiteplanette 23/06/2018 20:08

Bonjour,

Je vois que vous avez pédalé en Iran en juillet. Nous avons prévu d'arriver en Iran fin juillet mais nous hesitons beaucoup à cause de la chaleur et de la tenue des femmes.
Pourriez vous me dire comment vous avez vécu cette chaleur et quelle tenue vous portiez svp?
Nous évitons déjà le ramadan. Je vous admire d'avoir osé l'expérience dans ces conditions!

Merci pour votre retour.

Aude

washington dc private tours 03/09/2014 11:42

The place is just looking awesome. it is very much a good deal for an exciting holiday packed with a lot of fun and experience of a life time, it is good when considered to spend among the people whom you care about.

céline 19/08/2013 10:55

hello les amis
je viens de regarder les photos d'iran ;) p....!!! c'est beauuuu, ça me donne pas envie de rester derrière mon ordi a taper mon mémoire et à chercher un taf !
je vois bien dans vos yeux (vous changez ..) que tout ça est vibratoire ...;)

allez des bises
tant que j'y suis je vous donne des nouvelles de laurent qui continue de tourner :)
http://www.alittlemarket.com/boutique/d_tourn_art-729061.html