Article 11: Nos derniers pas en Turquie

Publié le 8 Août 2013

Alban, à Anzali - Iran                                                                                 Vendredi 19 juillet 2013

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Un doux parfum de Cappadoce

Nous quittons Konya le 12 juin. Pour la suite de notre voyage, nous faisons le choix d’emprunter la « nationale » locale sur les 250 kilomètres qui nous séparent de la Cappadoce ; ce qui nous prendra trois jours. Il fait dire que nous ne cessons de penser à cette magnifique région, classée au patrimoine mondiale de l’Unesco.

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Mais voilà, même en voyage à vélo nous sommes plein de contradictions. Alors que nous avons le temps – sans vraiment de contraintes apparentes – nous faisons le choix de passer ces trois jours sur cette route. Même si les paysages s’enchaînent et ne se ressemblent pas, que nous voyons au loin nos premiers sommets enneigés, la fameuse D300 n’en est pas pour autant une partie de plaisir. Arriverons-nous à dépasser au fil des mois cette impatience de « l’homme pressé » ? Nous sommes tellement imprégnés par cette société de consommation où tout va trop vite que j’ai l’impression que cela se répercute sur nos choix durant le voyage. Je ne vais pas trop me questionner maintenant … la Cappadoce, c’est quand même une sacrée carotte !

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A 40 kilomètre de Göreme, alors que nous sommes en train de nous bruler les lèvres avec un énième çay offert, nous apercevons au loin un vélo, chargé de deux sacoches et tractant une remorque. Jess le siffle. Il lève la tête de son guidon et nous voit. Il s’approche de nous.

Marcel, ce toulousain de 65 ans, a l’accent qui chante et les yeux remplis d’étincelles. Il est parti pour 3 ans autour du monde et emprunte à peu près le même chemin que nous. Nous décidons de parcourir ensemble les quelques 40 kilomètres qui nous séparent de notre destination. L’arrivée aux abords de la Cappadoce est tout simplement magnifique! D’imposantes roches aux couleurs ocre se succèdent sur notre chemin et nous offre un panorama remarquable, si l’on sait faire abstraction des innombrables cars de touristes qui rendent le paysage un peu moins authentique…

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Nous resterons en tout cinq jours, alternant les marches dans la vallée blanche où l’on peut admirer les fameuses cheminées de fées, la vallée de l’amour avec ses formes phalliques et  les visites dans les villes avoisinantes. Avanos, par exemple, est particulièrement connu pour ses artistes qui travaillent la terre.Turquie2-juin-2013 0920

C’est la première fois depuis le début de notre aventure que nous nous posons vraiment sans rien faire et nous en avions presque oublié les bienfaits. A l’ombre des pruniers, Jess profite de la cour de l’auberge pour apprendre les bases du backgammon avec Céline et Laurent, deux bretons venus profiter de la chaleur du plateau anatolien.

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Pour notre dernière soirée, nous aurons la chance de participer à un mariage traditionnel, à quelques kilomètres de notre auberge. C’est accompagnés de Laurent que nous nous entassons dans la voiture d’Umit, l’un des deux musiciens de la soirée. Dans la cour des chaises en plastique attendent patiemment l’arrivée des premiers invités. Nous montons à l’étage, sur une terrasse où seules trois petites tables sont dressées.  Je profite de la présence d’une jeune turque  parlant parfaitement anglais pour mieux comprendre la situation. Le mariage va durer trois jours, selon la coutume turque. Les proches et la famille sont attendus ce soir à partir de 21h.

Personne ne nous connaît mais nous sommes reçus à table comme de vieux amis. Alors que je viens d’avaler trois énormes assiettes de soupe, je commence à attaquer, au même titre que Laurent et Jess, la pastèque, le ventre bien rempli. C’est alors que cette jeune turque nous apprend que nous ne pouvons pas quitter la table sans finir les deux énormes assiettes de riz posées sur la table et la miche de pain entamée. Quitter la table comme nous pensions le faire est un manque de respect. Je suis quelque peu perdu face à ces codes qui ne sont pas les miens. Pourquoi devons-nous finir le riz et le pain alors que ça n’a pas d’importance pour les autres plats ? Ne voulant pas choquer nos hôtes, nous finirons non sans mal ces deux assiettes avant de redescendre dans la cour où le musicien a déjà commencé à jouer quelques airs avec sa baglama, la guitare aux formes si généreuses.

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Alors que je suis assis dans cette cour  juste à côté du synthétiseur, je vois un groupe de jeunes en train d’installer un rideau pour créer un espace caché des femmes qui commencent à danser sous les airs de musique crachés par les deux énormes enceintes. Une heure passe ainsi. Nous discutons entre nous et savourons, en cachette, le vin rouge que nous a offert la jeune femme. L’ambiance est particulière. De plus en plus de femmes occupent les chaises en formant progressivement un cercle fermé où certaines d’entre elles bougent de manière mesurée. Nous sommes rapidement conviés par la suite à passer de l’autre côté du rideau ; là où les hommes passent leur soirée. L’ambiance change du tout au tout. Le raki et les bières coulent à flot, les dansent sont beaucoup plus physiques et certains profitent de l’occasion pour tirer quelques coups de feu pour marquer leur contentement… Je suis complètement perdu et je crois que c’est bien la première fois que j’ai autant de mal à comprendre les choses. L’ambiance est devenue complètement folle. Les femmes dansent sans se toucher tout en retenue alors que du côté des hommes, c’est un mélange de séduction et d’affrontement. Plus les bouteilles se vident et plus je ressens la testostérone monter. Et au beau milieu de tout ça, il y a cette jeune femme qui reste à nos côtés pour traduire les quelques mots que nous échangeons. Elle est grande, belle et féminine avec sa robe rose qui vient tomber sur ses cuisses. Ses yeux sont magnifiques, son sourire communicatif.  Elle dénote un peu parmi tous ces hommes mais semble y trouver sa place.

Je me rends compte de la chance que j’ai d’avoir vécu un tel moment d’intimité, de découvrir des coutumes qui ne sont pas les miennes.  C’est un véritable cadeau pour nous.

Les étapes de montagne

Comme à chaque pause, nous sortons notre carte pour planifier les prochaines étapes. Cette fois-ci, nous souhaitons sortir des axes principaux pour couper à travers la montagne. En enregistrant notre parcours sur openrunner, nous comprenons que ce ne sera pas de tout repos : 4'000 mètres de dénivelés positifs sur 180 kilomètres, avec des côtes dépassant les 15%

En arrivant à Divriği par le train,  nous comprenons ce que seront les prochains jours !

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La première journée (75km) se passera sans encombre mais  nous allons vite déchanter… Le lendemain, nous avons fait la bourde de ne partir qu’à 10h, sous un soleil déjà bien haut. Au bout de trois heures de montée sans aucun ravitaillement possible, Jess fond en larme sur le vélo. La chaleur ? La fatigue ? Un coup de blues ? Un peu de tout ça en même temps. J’essaie tant bien que mal de la réconforter, sans succès. Il faut savoir se taire par moment ; pleurer est un bon moyen de se soulager.

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Je crois que nous nous sommes embarqués dans une tâche bien difficile. Je le savais mais je ne pense pas que Jess s’attendait à ça. Les villages étaient espacés d’au moins 50 kilomètres et nous pouvions rouler plusieurs heures sans croiser une seule fontaine. Le plus dur était la chaleur; pédaler en plein soleil sans aucun vent pour vous rafraîchir est vraiment étouffant – sans compter l’asphalte qui retient les pneus…

Pour la suite, nous acceptons la proposition d’Esen de nous avancer de 50 kilomètres. J’apprécie ces instants partagés dans les camions même si à chaque fois nous sommes pris pour des fous !

Malgré ces difficultés, emprunter les axes secondaires est un bon moyen de rencontrer plus de personnes. Je repense à cet homme qui vient couper une branche pour s’en faire une canne à pêche alors que nous venions de planter la tente sur les bords de l’Euphrate. Nous avons passé plus d’une heure ensemble, sans vraiment se parler, la canne à la main.Turquie2-juin-2013 1030 Avant de le laisser filer faire sa sieste, je lui propose d’essayer mon lancer. A ma grande surprise, j’apprends que c’est la première fois qu’il utilise un moulinet et il semble vraiment apprécier, à en voir ses yeux qui pétillent ! Passer d’une branche d’au moins deux kilos avec trois mètres de fil à une canne télescopique est un grand changement. Pour qu’il en profite pleinemen, je lui explique qu’il peut repartir avec la canne et tout mon matériel de pêche…  Gêné mais avec le sourire aux lèvres, il range le tout dans son coffre. Donner quelque chose à un inconnu sans rien attendre en retour, n’est-ce pas ce que nous vivons tous les jours ?

Erzurum, un avant goût de l’Iran

Mercredi 26 juin, 16h. Nous arrivons à Erzurum en train avec plus de deux heures de retard.  Nous souhaitions arriver le plus vite possible à Erzurum afin de relancer nos démarches de visas pour l’Iran. Et oui, nous n’avons toujours pas reçu notre numéro de référence alors que nous avions commencé les démarches fin mai, à Istanbul…

Sur place, nous retrouvons Marcel et un couple de cyclos-voyageurs avec qui nous avions skypé en février ! Camille et Xavier sont français et sont partis pour un an sur les routes en direction de l’Inde. Nous avons trouvé un petit hôtel pas cher à côté du consulat iranien, une aubaine ! En plus il y a de la place pour y laisser le vélo.

Premier reflexe après avoir posé nos sacoches, aller avec Camille, Xavier et Marcel au consulat d’Iran et en savoir un peu plus sur le sort qui nous attend… L’union fait la force paraît-il. Malheureusement ce ne sera pas pour aujourd’hui, je sens qu’il va falloir se montrer patient. Les « Maybe tomorrow » on risque de les entendre souvent…

Au consulat nous faisons la connaissance d’Elvin, un étudiant iranien qui se forme à l’informatique à l’université d’Erzurum. Il nous invite à prendre le repas du soir chez lui. D’ailleurs si on le souhaite on peut même dormir chez lui ! Ca tombe bien Camille et Xavier n’ont pas encore d’hébergement.

Nous passons donc la soirée avec Elvin et ses trois colocataires : Ata, Saeed et Amir.

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Nous prenons le repas sur le tapis du salon sur lequel est dressé une nappe en plastique. « En Iran nous n’avons pas de table, nous mangeons sur le tapis.» nous dit Elvin d’un air amusé quand il voit notre difficulté à tenir en tailleur pendant plus de 15minutes. Il est vrai que nous n’avons pas trop l’habitude et nos pauvres genoux, déjà soumis à rude épreuve avec le vélo, en prennent un coup. Mais il faut bien avouer que c’est très convivial !

Nous repartons de chez Elvin le ventre bien rempli et surtout avec l’envie de revenir, car chez lui on s’y sent bien. Nous laissons Camille et Xavier qui se sont installés dans le salon et leur disons « à demain », au consulat.

Nous avons attendu 1 semaine nos visas. Nous y allions chaque jour, deux fois par jour. Ce qui était le plus rageant c’est de savoir que Jess a tout de suite obtenu son numéro pour le visa et on ne sait toujours pas pourquoi…

Cette semaine, nous l’avons passé chez Elvin. Avec Jess, dès le lendemain de notre rencontre au consulat, nous avons pris nos sacs et avons répondu à la chaleureuse invitation d’Elvin qui souhaitait nous héberger également.

Nos journées sont rythmées par les visites au consul (toujours accueillis avec un grand sourire…), les mises à jour des sites internet, la lessive, les achats de pantalons longs, légers, pas trop évasés en-bas, pas transparents et pas trop moches pour l’Iran (oui oui on y croit au visa !) et surtout on passe du temps avec nos quatre copains iraniens. Turquie2-juin-2013 1160C’est une super occasion pour nous d’en apprendre un peu plus sur l’Iran et de se rendre compte (même si on le savait déjà un peu) que l’image qu’on en a en occident est totalement faussée par les médias. Et surtout, que le peuple iranien vit sous une vraie dictature… Je reparlerai plus en détails des conditions de vie des iraniens en Iran dans le prochain article consacré à ce pays.

Les garçons que nous avons en face de nous sont joviaux, ils aiment danser, faire la fête, rigoler, ils sont fiers de leur culture, de leur pays, de leur histoire. Ils aiment regarder des clips iraniens sur Youtube (interdit en Iran), et chanter des chansons qu’ils connaissent par cœur. Ils nous font à manger, du riz croustillant, de la soupe, de la viande mijotées cinq heures, hummmm…. On va se régaler en Iran !

Nous passons le temps comme de vieux amis qui habitent en coloc, tout est si simple…

Et puis un jour on nous dit qu’on a nos visas, tous les cinq ! Nous sommes alors partagés entre la joie de découvrir ce si beau pays et la tristesse de quitter nos amis dès le lendemain…

Le dernier soir nous trinquons : à l’Iran, à l’amitié, au temps qui passe si vite quand on rigole ensemble.

Le moment des adieux est difficile pour nous tous, Jess versera même une petite larme. « Inch’Allah » on se reverra peut-être en Iran, peut-être en France ou ailleurs, les garçons rêvent de voir la tour Eiffel…

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C’est donc à cinq que nous nous lançons dans les derniers kilomètres qu’ils nous restent en Turquie. Dans moins de cinq jours nous serons à la frontière.

Les paysages qui défilent sont plus beaux les uns que les autres : le Mont Ararat (il culmine à 5’137m, là où selon la Bible Noé se serait échoué avec son arche), Ishak Pasa, (monastère perché sur des falaises) les montagnes qui deviennent de plus en plus arides…Pas de doute, l’Iran n’est pas loin.

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Rédigé par lattitudeterre

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céline 13/08/2013 14:58

Yesssss !! enfin le 13 août je peux de nouveau me plonger dans vos aventures et me régaler de vos rencontres :) j'espère que les parties de backgammon continuent de votre côté...pour nous retour en
bretagne avec un mois de juillet très chouette ...août se révélant plus incertain :) laurent continue la fabrique et la vente de ses nichoirs..et moi je suis en stand-by sur mon mémoire ...en
rêvant de voyage..
je vous embrasse !

Jessica et Alban 09/08/2013 13:35

Merci pour ton message Brigitte (et pour l'anniversaire de Jessica!). On espere envoyer un second article demain si j'arrive a reparer les freins hydraliques aujourd'hui !

Brigitte 09/08/2013 10:20

un seul mot :merci ...... Merci de nous faire partager tout cela ,on a l impression d etre avec vous. On en profite pour souhaiter un peu en avance l anniversaire a Jessica gros bisous a vous