Article 10: Çok güzel

Publié le 11 Juin 2013

Alban, depuis Konya - Turquie                                                                Mercredi 12 juin 2013

                                              --------------------------------------  

Çok güzel se traduit littéralement par très bon.                                                                      

 Si vous voyagez en Turquie, vous devez impérativement retenir ces mots car ici, tout est  Çok güzel ; le pays, la famille, les fruits, etc. Les turcs ne cessent de vous demander « Turkey, Çok güzel ? »  et nous ne pouvons que répondre positivement…

Istanbul, la ville aux mille facettes

Turquie mai 2013 0797

Gustave Flaubert a écrit, dans l’une de ses lettres à Louis Bouilhet alors qu'il était à Istanbul en 1850, "(...) D’abord de Constantinople, où je suis arrivé hier matin, je ne te dirai rien aujourd’hui, à savoir seulement que j’ai été frappé de cette idée de Fourier : qu’elle serait plus tard la capitale de la terre. C’est réellement énorme comme humanité.”  Successivement cité grecque sous le nom de Byzance, capitale de la Thrace, capitale romaine rebaptisée Constantinople en hommage à l'Empereur Constantin 1er, point de départ du fabuleux Empire Ottoman et, finalement, berceau de la Guerre d'Indépendance et de la création de la République de Turquie au lendemain de la Première Guerre Mondiale, Istanbul peut se targuer d'un passé hétéroclite baigné de cultures différentes qui lui ont donné son présent si chatoyant.  Cette ville, véritable trait d’union entre l’Orient et l’Occident,  est ouverte, accueillante, chaleureuse, vivante et fière de son passé.

Dans le touristique quartier de Sultanhamet, vous découvrirez les deux joyaux  de la ville. La mosquée bleue, avec ses formes si rondes, tout en douceur fait front à Aya Sofya dont la couleur brique et la force qui émane de son imposante architecture  n’est pas sans rappeler son passé chaotique. Turquie-mai-2013 0589Turquie mai 2013 0708

Le revers de la médaille est que ce quartier, submergé par des millions de touristes, conditionne le rapport avec les locaux de manière souvent malsaine. Toute conversation, tout contact avec les gens est voilé par le poids de l’argent. Tous ici parlent français, anglais, allemand, coréen, chinois et j’en passe, dans le but de rentrer facilement dans un échange commercial.

Situé au nord de la Corne d’Or, le quartier de Galata est en endroit où il est bon de flâner. La hauteur des bâtiments donne à l’air une fraîcheur bienvenue et si vous souhaitez trouver des restaurants, cafés et autres lieux sympas pour danser, aventurez-vous dans les ruelles qui permettent de s’échapper du boulevard Istiklal. Turquie mai 2013 0775

Enfin, si vous ne supportez plus qu’on vous appelle « mon ami », avant de vous proposer « le meilleur kebab de toute la ville »faîtes un plongeon du côté asiatique où les stambouliotes semblent enfin plus nombreux que les touristes ! La traversée ne vous coûtera que le prix d’un ticket de transport en commun (3 TL).

Après deux semaines à arpenter les différents quartiers de la ville, il nous tarde de découvrir « l’autre Turquie », celle décrite si souvent par les voyageurs comme étant véritable coup de cœur de part l’hospitalité de la population.

Un plateau anatolien qui se mérite

Vendredi 30 mai ; c’est à bord du ferry que nous quittons Istanbul. A bord nous rencontrons Batuhan. Ce jeune nous a immédiatement accosté alors que nous faisions la queue avec les autres passagers. Sa planche de kite surf sous le bras, il s’est approché curieux de notre vélo. Très rapidement nous sympathisons  pendant les deux heures de traversée qui nous amène à Bandirma. Il souhaite nous inviter chez lui ce soir mais il habite à Erdek – à environ 20 km à l’ouest de Bandirma alors que nous devons nous diriger vers l’est… Nous ne savons quoi répondre. Nous venons de passer deux semaines off et nous voulons vraiment avancer. Or, nous n’avons aucune obligation ni de programme bien défini. Pourquoi ne pas profiter de cette offre puisque nous voyageons pour aller à la rencontre des « autres » ?                                              

 Batuhan prendra le bus pendant que nous faisons les 20 kilomètres à vélo. La reprise est difficile – d’autant plus que nous nous sommes bien alourdis avec toute la nourriture que nous avons récupéré à Istanbul (gruyère, biscuits, parfait, saucisson, etc) !Turquie mai 2013 0685

Une bonne heure plus tard, nous arrivons à destination. Nous empruntons un chemin de terre sur notre gauche, à quelques kilomètres de la ville. Seules quelques maisonnettes se partagent cette espace, situé à une dizaine de mètres de la mer. Batuhan habite avec ses parents, Mustafa et Fatouch dans l’une de ces maisons.Turquie mai 2013 0671-copie-1 Après avoir échangé quelques mots avec les parents, nous accompagnons Mustafa au marché. Ce soir, ce sera poissons grillés, salade de tomates, fromage accompagné du fameux raki. « Slow, slow » insiste son père en voyant Jess faire la grimace après chaque gorgée avalée !  La soirée se poursuivra sagement! Nous sommes une fois de plus très touché par cet accueil même si nous sommes toujours un peu gêné par toute cette gentillesse, nous n’avons pas l’habitude…

Turquie mai 2013 0675Turquie mai 2013 0679

En quittant Erdek, nous choisissons de nous diriger vers Bursa pour bifurquer ensuite plein sud et emprunter des routes secondaires. Après une étape de plus de 100 km sous 41°C au soleil, je suis complètement lessivé. Jess quant à elle, est en forme. Est-ce les biscuits et le fromage suisse qu’elle mange le matin qui lui file autant la pêche ?

La suite sera bien moins drôle… Certes les routes sont plus petites, la circulation moins fréquente, les paysages plus jolis, mais qu’est-ce que c’est dur.

Turquie mai 2013 0710Turquie mai 2013 0715

Les villages sont bien espacés (environ 20 km) et les dénivelés impressionnants. C’est qu’on n’y avait pas vraiment réfléchi à tout ça. Pour arriver à Istanbul, nous avions emprunté une route très roulante alors pour changer un peu, je me suis dit que sortir un peu des sentiers battus serait une bonne chose. Mais voilà, la Turquie est tout sauf un pays plat et emprunter les routes secondaires, c’est faire le choix de couper  à travers les montagnes. Plus de 5000 mètres de dénivelés positifs en trois jours, par 35°C à l’ombre et avec des vents si violents que le vélo devient difficile à contrôler, c’est usant…  Jess sera d’ailleurs malade pendant ces trois jours ce qui n’arrangera pas notre moral. Mais voilà, il faut toujours essayer de voir le bon côté des choses.  Si nous n’avions pas fait le choix d’emprunter cette route (et je ne l’aurais pas fait si je savais ce qui m’attendais), nous n’aurions pas fait de si belles rencontres… 

Turquie mai 2013 0721  Turquie mai 2013 0708-copie-1

1er juin 2013 - Jour 57 - 30 km                           N 39°51.450’ / E 028°59.367’                                   Golyazi -> Orhaleni                                                                                                                                 ------------------                                                   

(…) Alors que roulons à moins de 5km/h dans une côte soit disant à 7%, un camion s’arrête juste après nous avoir dépassé. Le chauffeur doit sûrement nous prendre pour des fous puisqu’il nous propose d’embler de mettre le vélo dans son camion et de nous avancer un peu ! Murat, 34 ans, est père de deux enfants. Il est grand, sec, et ses yeux noirs, un bel homme quoi !

Nous conversons tant bien que mal grâce au lexique franco-turc que nous avons. En arrivant à Orhaleni, il nous propose de manger un morceau. Nous acceptons volontiers et essayons de l’inviter pour le remercier de nous avoir fait avancer de plus de 40km. Il refuse net. Pas moyen de discuter. « Vous, touristes » nous répond t-il en turc ! En descendant du camion, nous ferons quelques kilomètres pour sortir de la ville et une heure après avoir trouvé notre emplacement de bivouac, nous voyons un camion s’arrêter si promptement sur la route qu’il a failli se faire rentrer dedans par la voiture qui le collait d’un peu trop près. C’est Murat ! En nous voyant, il a immédiatement sauté sur les freins pour voir comment ça se passait ! Nous passerons une heure de plus tous les trois. Après s’être échangé nos adresses, des fraises contre une plaque de chocolat suisse il est reparti rejoindre sa famille qui l’attendait pour pique-niquer. (…)

Après avoir monté notre tente à l’abri de la route, nous voyons sortir des bois un troupeau de chèvres. Trois énormes chiens nous foncent dessus en aboyant. Le berger, perché sur son poney, les arrête et viens à notre rencontre. Il a 45 ans mais en paraît dix de plus. Son dur métier a eu raison de son visage si joliment ridé. Il nous demande de lui faire une démonstration de notre tandem mais refuse de l’échanger contre son cheval ! Il me fera d’ailleurs même monter dessus ! Nous rigolons sans vraiment nous comprendre. Il ne cesse de parler ; et lorsque nous lui disons que nous ne comprenons pas, il recommence en utilisant sûrement d’autres mots... 

J’aime ces rencontres, elles réveillent ce qui est bon en l’homme et je crois que grâce à elle, cela donne du sens à notre voyage. Ce n’est pas la destination qui importe mais tout le chemin pour y parvenir. 


Turquie mai 2013 0688Turquie mai 2013 0690

Des stations-services bien accueillantes

Après ces trois journées si difficiles, nous nous octroyons une nuit d’hôtel à Tavşanlı. La chambre est spartiate et la décoration d’une autre époque. Mais ce sera suffisant pour nous permettre de passer une bonne nuit.Turquie-mai-juin-2013-0723.jpg

Alors que Jess essaie de se rétablir tant bien que mal, j’en profite pour visiter un peu la ville. Les rues piétonnes, délimitées par les nombreux kebabs, les magasins de montres proposant des Daniel Klein, et les boutiques de vêtements, sont noires de monde. Depuis la première fois de notre voyage, je me sens dévisagé. Est-ce ma tenue (short et tong) qui en est la cause ? Je ne sais pas. Une chose est sûre, c’est que je ne passe pas inaperçu. Il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de touristes ici – et encore moins arrivant à vélo. Certains affirmant même que nous sommes les premiers franco-suisses à passer dans le coin ! Je ne sais pas si c’est vrai mais  même avec mon étiquette de touriste collée sur le front, je n’ai jamais senti de regards malveillants posés sur moi. Je dénote certes mais je ne dérange pas – enfin je ne crois pas…

Le lendemain, nous reprenons la route en direction de Konya que nous atteindrons en six jours. Cette fois ci, c’est en empruntant la D300 que nous y parvenons ; une route bien roulante et qui a le mérite de slalomer entre les montagnes évitant ainsi le trop plein de dénivelés.

Je ne peux pas dire que la route soit une réelle partie de plaisir, mais les paysages que nous traversons sont justes magnifiques. Les plaines jaunes, vertes se perdent sous l’œil bienveillant de la chaîne de montagnes qui les borde.Turquie mai 2013 0792 Même si nous ne traversons pas de villages, nos rencontres se multiplient lors de nos haltes dans les stations-services. Rien à voir avec celles que nous avons chez nous.  Inutile de vous arrêter pour un quart d’heure, vous n’y arriverez pas ! Après vous avoir posés tout un tas de questions sur notre voyage, les employés nous offre systématiquement le thé. Ah ce çay ; une véritable institution ici, en Turquie ! Nous devons en boire presque une dizaine par jour… Moi qui n’aimais pas le thé avant de partir je suis servi !

Ces stations-services sont si bien aménagées (toilettes, market, coin de verdure pour y planter la tente, etc.) qu’il nous arrive d’y dormir. Du coup, nous devenons de véritables curiosités pour celles et ceux venant remplir leur réservoir ; et c’est lors de ces rencontres si courtes que l’on nous offre le plus de choses – allant de la nourriture (fraises, cerises, pain, olives, poivrons farcis) aux contacts sur les réseaux sociaux, en passant par une invitation à un mariage !

Turquie mai 2013 0780Turquie mai 2013 0773-copie-1

Nous roulons si bien sur cette route que pour notre dernière étape nous ferons plus de 130 km pour atteindre Konya où nous séjournons deux jours. Cette ville est bien connue en Turquie car elle abrite le magnifique mausolée de Jalâl ud Dîn Rûmî, appelé couramment Mevlana, fondateur de l’ordre des Derviches Tourneurs. Malheureusement, ces derniers ne se représentent que le samedi soir et nous sommes arrivés le dimanche.

Turquie mai-juin 2013 0807Turquie mai-juin 2013 0880

Pour notre dernière soirée à Konya, nous avons sorti la carte pour étudier notre parcours. Pas évident de tracer sa route entre ce qui nous tient à cœur, les reliefs et ce qu’on nous conseille. Je crois que nous sommes parés pour ces prochains jours. Une chose est sûre, c’est que nous serons en Cappadoce le week-end prochain.

Rédigé par lattitudeterre

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Jean-Luc et Véronique 13/06/2013 21:58

Salut, salut, nous aussi on aime bien lire vos aventures. Merci de nous partager tout cela. Belles suites, belles rencontres, amitiés Véro et Jean-Luc

Carole 13/06/2013 15:50

Un grand bonjour à tous les deux ! Je sais que je me répète, mais j'adore vous lire... bonne continuation et à bientôt !

Aymeric 12/06/2013 09:37

Trop bien! C'est toujours autant un plaisir de vous lire. Et bravo pour les vidéos, on a presque l'impression d'être avec vous :-) . Je me réjouis de vous retrouver. Courage pour les gros
dénivelés. À bientôt!