Article 41: Entre Kyoto et Hiroshima

Publié le 6 Juillet 2014

Alban, le 6 juillet 2014 à Hiroshima - Japon

 

Nous quittons Kyoto le 18 juin avec une roue libre toute neuve ; mais c’est désormais les pistons des freins avant qui posent problèmes selon le vendeur. Encore un souci que je ne sais régler moi-même… Pour l’instant ça freine encore et on croise les doigts pour que ça tienne jusqu’aux Etats-Unis où il sera plus facile de réparer. Et puis si ça lâche, il y a toujours les freins arrières !

 

Avant de quitter pour de bon Kyoto, nous faisons un détour par le sanctuaire shinto Fushimi Inari Taisha, fondé en 711 et dédié aux divinités de l'agriculture. Ce sanctuaire est particulièrement connu pour ses milliers de torri vermillons (portail traditionnel japonais) formant un chemin sur la colline sur laquelle le temple est construit. Ces torii sont pour la plupart des dons faits par des particuliers, des familles ou des entreprises à Inari. Le nom des donateurs figure souvent sur les montants du torii.

 

Après une courte étape, nous arrivons à Osaka, la 2e ville du Japon. Afin de ne pas plomber notre budget, nous faisons le choix de bivouaquer en plein milieu de la ville. Lors de notre deuxième nuit dans un parc, Jess me réveille à minuit avec des baffes ; j’ai le sommeil lourd ! « Alban, il y a un gars à poil dehors », me chuchote t’elle.  Le temps de percuter, ce qui me prend quelques secondes, je lève la tête et je vois un type ou plutôt ses fesses qui s’éloigne de la tente. Je pousse alors un cri aussi fort que possible afin de lui faire peur. Je ne sais pas si j’y suis parvenu mais ça a marché pour Jess qui a sursauté sous la tente ! En le voyant  remonter sur son vélo (avec un pantalon) et s’éloigner, on essaie tant bien que de mal de se rendormir. Deux heures plus tard, alors que je ne dors que d’un œil (c’est très rare), je vois une ombre devant la tente. Je lève la tête direct et là, je tombe sur le même type, toujours aussi légèrement vêtu. Il est à moins de un mètre de la tente et il me fait face… (j’ai connu de meilleur réveil…). Sans vraiment réfléchir, j’ouvre la tente en deux secondes et m’empare de notre bambou qui fait office de béquille normalement. Je sens la colère monter et j’avance droit sur lui en le menaçant avec le bâton. Par peur de le voir s’écraser sur sa tête, il s’arrête pour me faire face, se protégeant  avec ses mains. Je le repousse alors jusqu’à son vélo où il prendra beaucoup trop de temps à mon goût pour se s’habiller.  Je lui crie dessus tout en donner des petits coups de bambou sur la selle de son vélo. L’idée est de lui faire suffisamment peur pour qu’il ne s’approche plus de nous. Vous pouvez bien vous imaginez qu’après ça il m’a été impossible de dormir. Je suis alors resté assis à côté de la tente jusqu’au levé du soleil, pendant que Jess essayait de se reposer un peu…

 

Mais cette anecdote n’a pas été notre seule surprise.

 

La saison des pluies a débuté depuis quelques jours. Jusqu’à maintenant, nous n’avions pas eu de réels problèmes à part quelques grosses averses qui nous obligeaient à nous arrêter pour nous mettre à l’abri mais le 24 juin, nous avons eu une belle frayeur.  Nous sommes désormais sur l’île de Shikoku où nous allons suivre la côte pendant trois jours.

 

Comme à notre habitude, nous avons réussi à trouver un bivouac abrité. La tente est bien sûr étanche mais devoir faire sécher nos affaires le matin ne nous enchante guère. Ce soir-là, nous jetons notre dévolu sous un pont. Alors que nous pensions rester au sec, nous finirons complètement trempés…  non pas par la pluie mais par la rivière ; son niveau ayant monté de plus d’un mètre avec l’orage.  A 2h30 du matin, nous sentons de l’eau se glisser sous la tente. Pour l’instant elle n’a pas encore traversé la toile. On saute alors du matelas, nous pressons de sortir de la tente pour constater que la rivière, qui était à une dizaine de mètres de nous, n’est plus qu’à un mètre de nos affaires… Nous prenons alors le plus de sacs possible dans nos mains pour mettre le tout à l’abri en hauteur, sur les structures du pont. Après plusieurs allers retours tout est en sécurité.  Nous pouvons souffler un peu et essayer de finir cette courte nuit.

Vous pouvez bien vous imaginer qu’après cette mésaventure, nous avons essayé de choisir au mieux nos bivouacs, privilégiant le côté pratique.

 

Malgré la beauté des paysages en traversant par les montagnes l’île de Shikoku, de la nourriture si variée ou encore de la gentillesse des japonais que nous croisons, nous ressentons avec Jess un certain manque. Après en avoir discuté,  nous comprenons que notre coup de blues vient du fait que nos échanges avec les japonais sont bien trop superficiels. Passées les éternels questions  de notre pays d’origine, de notre itinéraire au Japon, nous ne parlons guère plus avec les locaux. Ce manque nous pèse d’autant plus que nous limitons au maximum les auberges, lieu idéal pour rencontrer des Japonais qui parlent anglais. Néanmoins, nous nous rattachons à l’idée de visiter Matsuyama que nous atteignons après deux étapes de montagnes où nous mangerons une nouvelle fois pas mal de dénivelés (plus de 3’000m sur 110km).

 

Comme à notre habitude, nous allons planter notre tente dans l’un des nombreux parcs de la ville, mais avant l’installation du bivouac, il est temps de penser un peu à nous et à notre corps. Nous avons enchaîné 11 bivouacs de suite et il est grand temps de prendre un bain ! Ça tombe bien, Matsuyama est connu pour abriter les plus vieux bains du Japon ; la source thermale de Dogo est utilisée depuis plus de 3'000 ans.  Le bâtiment actuel tout en bois et sur trois niveaux, a été rénové en 1894. Nous sommes immédiatement conquis par la beauté des lieux. Cinq minutes plus tard, nous sommes, chacun de notre côté (pas de mixité ici) en train de nous savonner vigoureusement avant de profiter des eaux chaudes. Les Onsen sont une vraie bénédiction et ça risque de vraiment nous manquer lorsque nous quitterons le Japon. Légèrement groguis par la chaleur qui émane des bains, nous rejoignons le parc pour y planter la tente. Là, nous sommes interrompus la venue de Osamu. Ce japonais de 37 ans, qui a vécu un an à Lyon,  souhaite nous accueillir chez lui car pour lui il est bien trop dangereux de dormir dans un parc. Même si le danger ne nous fait pas peur nous le suivons, bien excités à découvrir un peu plus cette culture qui est si difficile à percer.

En franchissant sa porte, nous sommes accueillis par Haruna, sa femme, et ses trois enfants : Kaguya (3 ans), Suba (2 ans) et Asuka (6mois).  Faire rentrer chez soi des cyclos est une chose rare au Japon mais avoir trois enfants est encore plus exceptionnel ! Leur maison est particulièrement grande, avec trois pièces « inoccupées » à l’étage. L’une fait office de réserve pour la collection impressionnante de mangas tandis que dans les deux autres y sont entreposées des poupées et des samouraïs sous des socles en verre. L’une de ces deux pièces sera notre chambre.  Ce soir ce sera futon sur les tatamis !

Le lendemain nous nous levons de bonne heure afin de préparer des pancakes pour toute la famille avant le départ de Osamu pour le travail qui enchaîne des journées de 12 à 14 heures, 5 jours par semaine, sans aucune vacances. C’est avec le ventre bien rempli que Haruna nous conduit dans la matinée au château de Matsuyama. C'est l'un des rares châteaux au Japon à avoir été préservé dans son état d'origine bien que certaines parties aient été reconstruites au milieu du 19e siècle. Construit sur une colline,  nous bénéficions d'une vue panoramique sur la ville et les îles de la mer Intérieure Seto.  Après cette belle balade, nous retrouvons toute la famille vers 17h. Osamu est déjà rentré du travail. Il a merveilleusement bien joué le malade auprès de son patron pour pouvoir nous préparer un très bon repas ! Ce soir, ce sera sashimis (tranches de poisson cru), sushis ainsi que d’énormes coquillages cuits au barbecue… Un véritable délice !

Une fois encore nous sommes surpris par les textures, les goûts et apprécions de plus en plus la gastronomie japonaise.  Ne pouvant quitter le pays sans découvrir une autre spécialité du pays, Osamu nous ouvre une bouteille de Yamazaki , un whisky japonais. Et pour celles et ceux qui ne connaissent pas, je vous invite à y gouter très rapidement. Même Jess a apprécié ! Ne pouvant nous arrêter là, nous finissons la soirée avec un verre de Shòchù, une boisson alcoolisée distillée principalement à partir de ruz, d’orge, de sarrasin et de patate douce et qui contient environ 25% d’alcool ; à ne pas confondre avec le saké, plus doux (environ 15%) qui est obtenu par simple fermentation à base de riz.  Ces deux jours passés auprès de cette famille qui nous a généreusement ouvert les bras nous redonne le sourire. Jess, qui est un peu en manque de son travail depuis une année, a pu s’occuper de Asuka, 6 mois et Alban a fait chavirer le cœur de Kaguya, 3 ans. Passer quelques jours en compagnie de locaux permet d’en apprendre davantage sur le pays, la culture et sur leur mode de vie surtout quand les échanges peuvent se faire dans une langue commune.

 

Après deux nuits passées chez nos hôtes, il est temps pour nous de partir. Osamu nous offre un livre (datant des années 80, lors de sa venue en France) sur les us et coutumes au Japon, un bon moyen de compléter tout ce que nous avons appris dans ce pays depuis plus d’un mois.

Les adieux se font avec retenue, au Japon, pas d’épanchement et encore moins d’accolades chaleureuses, mais nous sentons que l’émotion est là.

 

Il ne nous reste plus que quelques jours avant d’arriver à Hiroshima. Nous devons rejoindre l’île principale de Honshu par une succession de ponts suspendus entre Imabari et Onomichi.  Six îles reliées entre elles par une route cyclable des plus agréables ! Panoramas magnifiques, nature préservée et en prime, rencontre avec un monsieur (papy octopus) qui nous gavera de légumes frais de son jardin et d’une pieuvre qu’il a lui-même attrapée !

 

Le lendemain matin nous nous levons sous une pluie battante, il semble même qu’il va pleuvoir toute la journée… Nous nous équipons avec nos habits de pluie et bravons la tempête. Nous nous apercevons après quelques kilomètres que même le plus technique ou le plus cher des imperméables à ses limites face à une pluie diluvienne ! Nos sous-vêtements sont trempés c’est pour dire !

Nous roulons toute la journée comme ça (80km) en espérant pouvoir trouver un abri le soir dans un parc. Nous nous installons en fin de journée près d’un stade de base-ball (les Japonais en sont fans !) qui nous offre tout le confort dont nous avions besoin (wc et abri).

Lorsque nous reprenons la route le lendemain matin nous ne sommes pas mécontents d’arriver bientôt à Hiroshima, en fin de matinée.

 

Nous avons 3 jours pour visiter cette ville chargée d’une triste histoire, mais qui a su se relever en regardant vers l’avenir et en prônant la Paix et en gardant espoir que les Hommes sachent apprendre de leur erreurs passées (il y a du boulot…).

 

 

Au sanctuaire shinto Fushimi Inari Taisha, à KyotoAu sanctuaire shinto Fushimi Inari Taisha, à KyotoAu sanctuaire shinto Fushimi Inari Taisha, à Kyoto

Au sanctuaire shinto Fushimi Inari Taisha, à Kyoto

Quand la saison des pluies commence...Quand la saison des pluies commence...
Quand la saison des pluies commence...Quand la saison des pluies commence...

Quand la saison des pluies commence...

Article 41: Entre Kyoto et Hiroshima
Article 41: Entre Kyoto et Hiroshima
1/ Armure de samouraï du 18e siècle. 2/ Vue depuis le chateau de Matsuyama. 3/ Dogo onsen, les plus vieux bains du Japon.
1/ Armure de samouraï du 18e siècle. 2/ Vue depuis le chateau de Matsuyama. 3/ Dogo onsen, les plus vieux bains du Japon.
1/ Armure de samouraï du 18e siècle. 2/ Vue depuis le chateau de Matsuyama. 3/ Dogo onsen, les plus vieux bains du Japon.

1/ Armure de samouraï du 18e siècle. 2/ Vue depuis le chateau de Matsuyama. 3/ Dogo onsen, les plus vieux bains du Japon.

1/ Osamu qui nous prépare un bon barbecue! 2/ Avec Kaguya. 3/ Avec Asuka.
1/ Osamu qui nous prépare un bon barbecue! 2/ Avec Kaguya. 3/ Avec Asuka.
1/ Osamu qui nous prépare un bon barbecue! 2/ Avec Kaguya. 3/ Avec Asuka.

1/ Osamu qui nous prépare un bon barbecue! 2/ Avec Kaguya. 3/ Avec Asuka.

Article 41: Entre Kyoto et HiroshimaArticle 41: Entre Kyoto et HiroshimaArticle 41: Entre Kyoto et Hiroshima

Rédigé par lattitudeterre

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Commenter cet article

Pascal 08/07/2014 15:32

Alors maintenant vous vous faites aborder par des exhibitionnistes nipons :D. En Inde c'est différent, si le short est accepté dans les campagnes, dans les villes on me regarde bizarrement.

Si vous ressentez le manque d'échange avec les locaux au Japon, ce que je comprends, ici c'est l'inverse, j'aimerais qu'ils soient moins bavards ! C'est impossible d'être seul en Inde. A aucun moment, même la nuit !

Portez vous bien, j'ai entendu beaucoup de bien des américains, surtout envers les cyclistes. Ca promet encore des moments mémorables.

On se revoit en France.... dans quelques temps.

bon vent ! (et bonne pluie, hihihi)

céline 24/07/2014 11:47

hello
pas du tout ce manège manuel sera tellement bien fait que seuls mes bras suffiront :)
et oui :)

les bras de laurent serviront au violon ;)
allez allez à vous les states !! des bisous à vous deux
et merci pour vos photos !

jess et Alban 20/07/2014 09:52

Pascal on a vu tes photos elles sont superbes! Continue à nous faire rêver et reviens dans pas trop longtemps qu'on se boive un coup sur Nantes! Bise et safe ride comme on dit....

jess et Alban 20/07/2014 09:51

Wouah la construction d'un manège manuel!! Trop bien! Tu vas avoir besoin de bras musclés alors...On sera en renfort bientôt! On se réjouit de vous retrouver en Bretagne et surtout merci pour tes commentaires qui nous font à chaque fois chaud au coeur...Prenez soin de vous!!

céline 09/07/2014 10:54

hello hello
coincée au travail j'attendais enfin de vos nouvelles :) je vois que le voyage est continuellement différent..ah l'humain ....:)
faites vous des rencontres animales sympathiques ?
:)
de notre côté douze mille projets en cours, dont la construction d'un manège manuel !! si si !!
temps incertain depuis début juillet mais le jardin continue de murir...
plein de choses à vous deux !
biz