Article 39: A l'ombre du Fuji

Publié le 8 Juin 2014

Alban, le 7 juin 2014 à Takayama - Japon

Après une nuit plutôt agréable sur la plage, nous voilà reparti le long de la péninsule d'Izu. En passant de l'autre côté de la péninsule, on découvre de nouveaux paysages. La circulation est moindre, les paysages plus sauvages et nous nous rapprochons un peu plus des falaises où viennent s'écraser les nombreuses vagues. Malgré la côte qui est proche, nous ne cessons de nous enfoncer dans les terres et de revenir sur les bords de la mer. Comme si la route ne pouvait pas tout simplement suivre la côte! On se rassure en se disant que ça nous fait un bon exercice avant de commencer à pédaler dans les montagnes. Elles ne sont d'ailleurs plus très loin puisque dès la fin de la péninsule nous croisons de nombreux panneaux indiquant la vue sur le mont Fuji. Culminant à 3'776 mètres, il est si proche de la mer que nous pouvons l'admirer de très loin. Malheureusement pour nous, nous devons nous montrer patients car les nuages nous empêchent d'en voir la moindre arrête. Le lendemain (28 mai) on se rend compte que les places de bivouac sont limitées. Il n’y a pas de parc où planter la tente dans les villages de pêcheurs que nous traversons. Nous dénichons pourtant un petit coin à l’ombre du mur de protection contre les tsunamis… On a connu mieux comme bivouac ! La tente n’est qu’à quelques centimètres du mur qui monte à plus de deux mètres cinquante de hauteur… Alors que nous venons de finir de manger, l’homme qui nous a rempli notre poche à eau vient à notre rencontre, curieux d’en connaître un peu plus sur nous. C’est qu’il ne doit pas en rencontrer tous les jours des occidentaux voyageant à vélo et qui se posent ici pour la nuit ! Après quelques rapides échanges sur notre voyage, les yeux ronds en voyant notre carte mondiale où nous avons tracé notre parcours, l’homme aux épaules carrés et à la peau burinée par le soleil, nous explique qu’il y a beaucoup d’insectes ici qui viennent te piquer durant la nuit (c’est que nous avons compris) et que nous devons nous montrer vigilants… Je ne sais pas très bien à qu’elle genre d’insecte il pense mais nous le rassurons en lui montrant notre moustiquaire. Il file alors chez lui et revient cinq minutes plus tard avec deux bières Asahi et une bombe insecticide avec laquelle il spray toute notre tente ! Même s’il n’est resté que cinq minutes à papoter, nous sommes vraiment touchés par cette attention à notre égard.

Après la péninsule d’Izu, nous découvrons un autre aspect du Japon : les zones industrielles. En faisant nos premiers tours  de roue, je me rappelle immédiatement d’un commentaire que j’ai lu il y a quelques mois d’un cyclo-voyageur qui avait traversé le Japon. Il disait que ces zones étaient le gros point noir du pays… Et je ne peux que être d’accord avec lui. Les premiers kilomètres sont assez distrayants mais très vite, nous sommes lassés de voir tous ces magasins les uns à la suite des autres. Il faut dire que dans les plaines, ces zones industrielles s’étendent sur plusieurs dizaines de kilomètres. Celle que nous traversons en fait une centaine ! Alors que dire des bivouacs dans ces moments là ? Les seuls endroits que nous trouvons sont les parkings des Seven/Eleven ou des Family Mart, des chaînes de petits supermarchés qui ont quasi le monopole ici au Japon. A ma grande surprise, nous n’avons jamais été refoulés. Plus étonnant encore, les gens passent devant nous sans même nous calculer… Imaginez quelqu’un qui pose sa tente sur un parking en France ou en Suisse ! Je ne pense pas qu’il y resterait plus de cinq minutes sans être « expulsé ». Nous avons parfois l’impression d’être complètement transparents et ce sentiment est vraiment particulier. Alors qu’une dizaine de personnes venaient nous voir par curiosité dans les précédents pays lorsqu’on montait notre tente, ici c’est tout le contraire.

Deux jours nous seront nécessaires pour sortir des cette plaine et de monter un peu plus dans les hauteurs pour atteindre la régions des 5 lacs qui font face au mont Fuji. C’est ici que nous avons décidé de nous poser deux jours afin de nous reposer un peu. D’une superficie de 4,7 km2, le lac Motosu est l’endroit idéal pour celles et ceux qui souhaitent faire de la planche à voile, pêcher ou tout simplement admirer les reflets du mont Fuji ; bref un endroit parfait pour se détendre. Ne pouvant nous permettre de prendre une chambre d’hôtel, nous trouvons à proximité du lac un espace vert idéal pour y planter la tente. Nous ne sommes d’ailleurs par les seuls à y avoir pensé car une dizaine de tentes sont déjà installées. Le lendemain matin, alors que nous sommes en train de déjeuner, deux gardiens viennent nous demander un certain badge bleu… Il s’agit en fait d’un badge que la réception du camping remet aux touristes et qui prouve qu’ils ont bien payé leur nuit ! Et oui, nous sommes dans un camping payant bien qu’il n’y a pas de douches… En discutant un peu, les deux gardiens nous regardent avec un grand sourire et nous donne l’autorisation de rester là gratuitement ! En même temps, quand je vois ce qu’on dépense en nourriture, ce geste nous dépanne bien. Pour vous donner une idée, nous avons déboursé environ 50€ pour avoir suffisamment à manger pour deux jours.  En règle général, nous dépensons en moyenne 25€/jour en nourriture et on ne se fait pas de grands plaisirs… Les assiettes de pâtes et les omelettes reviennent souvent au menu. Tout est vraiment très cher ici, en particulier les fruits et les légumes… Une pastèque à 20€,  le kilo de riz à 4€, pareil pour les tomates,  deux oranges pour 2€ ou encore 3€ la cannette de bière.  C’est donc parfois un peu frustrant le Japon mais nous ne sommes pas arrivés jusqu’ici pour manger essentiellement des pâtes ! Après deux mois au Japon, notre budget va sûrement en prendre un coût mais il nous est inconcevable de ne pas profiter un peu plus des spécialités locales et la nourriture est incontournable !

Nous quittons le lac Motosu le 2 juin pour partir en direction des Alpes japonaises comme on les surnomme ici. Cette cordillère du Japon se compose de  différents sommets dépassant les 3'000 mètres d’altitude, les plus hauts du Japon après le mont Fuji. Lors de notre première étape de montagne, nous sommes immédiatement conquis par les paysages. Nous suivons d’énormes gorges où coulent au fond de magnifiques torrents. Malgré la tranquillité des lieux, notre vélo fait un bruit vraiment bizarre. A chaque fois que nous arrêtons de pédaler, une sorte de craquement dans la roue arrière se fait entendre. Lorsque nous étions dans la zone industrielle, nous nous étions arrêtés dans deux magasins de vélo pour essayer d’en comprendre la cause. Le premier nous disait que nous étions trop chargés… alors que le bruit persistait sans que je sois sur le vélo ! Le second nous apprend que notre roue libre est foutue et que nous devons la changer.  Dommage pour nous, il n’en a pas en stock… et ce n’est pas dans les montagnes que nous trouverons quelque chose. Nous continuons ainsi en essayant de pédaler les plus régulièrement possible pour ne pas entendre le craquement. Le plus difficile ici c’est que je n’ai aucune idée de ce que ça peut entraîner… Peut-on rouler quelques jours sans craindre que la roue arrière se bloque d’un coup ? Y a t’il un risque d’abîmer en plus le moyeu qui vient d’être changer ? Un coup d’huile magique pourrait il être suffisant ? … Nous verrons tout ça à Kyoto car je ne suis pas assez bon en mécanique pour trouver moi-même une solution.

Le 3 juin, après être montés autour des 900 mètres, nous sommes contraints de partir sous la pluie. Difficile de se motiver dans ces moments là, surtout lorsqu’on sait qu’il y a la montée du col qui débute dans moins de 6km!  De nombreuses sources d’eau chaude dégageant une épaisse vapeur et une forte odeur de souffre parfume notre journée. Afin d’éviter un tunnel d’une dizaine de kilomètres, nous décidons de nous lancer à la conquête des 16 lacets qui nous mènerons au col. A notre grande surprise, nous montons sans vraiment souffrir physiquement. A la moitié de l’ascension, nous sommes arrêtés face à une grille qui bloque la route. Le chauffeur d’un camion est en train de la refermer devant nous et, ne souhaitant perdre du temps, nous demande de faire demi-tour car l’accès est fermé. Bah oui, t’as raison… On va tout redescendre gentiment et traverser le tunnel alors que nous ne sommes plus qu’à 200m du sommet. Il est mignon ! Nous attendons alors son départ pour ouvrir la grille qui n’est même pas cadenassée en espérant que l’accès au col n’est pas réellement fermé… Une heure plus tard, nous arrivons au col et, le temps d’immortaliser ça en photo, nous entamons la descente. A peine quelques minutes plus tard, nous sommes à nouveau face à une grille qui, cette fois, est cadenassée… Je l’enjambe alors pour demander aux trois gars qui dorment dans une camionnette s’ils n’ont pas les clés. Là, l’une des gars sort mécontent de notre présence. Celui qui parle anglais nous apprend que la grille ne sera ouverte qu’à 15h, dans deux bonnes heures ! On lui demande alors de faire une exception s’il ne veut pas nous voir faire passer toutes nos affaires par-dessus la grille. Gêné et jetant des coups d’œil furtif autour de lui, il finit par céder en nous faisant promettre de ne pas le répéter ! Nous reprenons alors notre descente et c’est frigorifiés que nous nous arrêtons à un restaurant d’altitude. Nous avons du mal à nous réchauffer et notre moral en prend un coup lorsque nous apprenons qu’il y a encore un col à franchir avant de rejoindre la ville de Takayama où nous espérons dormir ce soir.  Deux heures plus tard, nous arrivons à destination après une descente incroyable de plus de 30km ! Nous allons cette fois-ci nous reposer dans une auberge (25€ par personne et par nuit en dortoir) quelques jours car après 13 nuits de suite sous la tente (et une douche !), nous avons besoin de souffler un peu car pédaler au Japon est loin d’être reposant !

Afin de vous faire une idée de nos journées, nous avons parcouru environ 700km au Japon et un peu plus de 9'000 mètres de dénivelés positifs. Rien que pour notre dernière étape de 54 km seulement nous avons atteint 1’900  mètres de dénivelés ! Une île montagneuse le Japon ? Il semble bien oui !

1/ Bivouac sur un parking 2/ Jeunes écolières 3/ Péninsule d'Izu 4/ Péninsule d'Izu
1/ Bivouac sur un parking 2/ Jeunes écolières 3/ Péninsule d'Izu 4/ Péninsule d'Izu
1/ Bivouac sur un parking 2/ Jeunes écolières 3/ Péninsule d'Izu 4/ Péninsule d'Izu
1/ Bivouac sur un parking 2/ Jeunes écolières 3/ Péninsule d'Izu 4/ Péninsule d'Izu

1/ Bivouac sur un parking 2/ Jeunes écolières 3/ Péninsule d'Izu 4/ Péninsule d'Izu

1/ Rencontre touchante avec ce monsieur qui nous a offert 2 bières après nous avoir sprayé la tente 2/ Couché du soleil sur le Lac Motosu 3/ Lac Motosu 4/ Le fuji dans toute sa splendeur
1/ Rencontre touchante avec ce monsieur qui nous a offert 2 bières après nous avoir sprayé la tente 2/ Couché du soleil sur le Lac Motosu 3/ Lac Motosu 4/ Le fuji dans toute sa splendeur1/ Rencontre touchante avec ce monsieur qui nous a offert 2 bières après nous avoir sprayé la tente 2/ Couché du soleil sur le Lac Motosu 3/ Lac Motosu 4/ Le fuji dans toute sa splendeur
1/ Rencontre touchante avec ce monsieur qui nous a offert 2 bières après nous avoir sprayé la tente 2/ Couché du soleil sur le Lac Motosu 3/ Lac Motosu 4/ Le fuji dans toute sa splendeur

1/ Rencontre touchante avec ce monsieur qui nous a offert 2 bières après nous avoir sprayé la tente 2/ Couché du soleil sur le Lac Motosu 3/ Lac Motosu 4/ Le fuji dans toute sa splendeur

1/ Qui a dit que les japonais en avait des petites? 2/ Barrage particulièrement haut! 3/ Au menu, soba (nouilles au sarazin) et tempuras 3/ Devant un restaurant traditionnel de soba 4/ Vue sur les Alpes japonaises
1/ Qui a dit que les japonais en avait des petites? 2/ Barrage particulièrement haut! 3/ Au menu, soba (nouilles au sarazin) et tempuras 3/ Devant un restaurant traditionnel de soba 4/ Vue sur les Alpes japonaises
1/ Qui a dit que les japonais en avait des petites? 2/ Barrage particulièrement haut! 3/ Au menu, soba (nouilles au sarazin) et tempuras 3/ Devant un restaurant traditionnel de soba 4/ Vue sur les Alpes japonaises
1/ Qui a dit que les japonais en avait des petites? 2/ Barrage particulièrement haut! 3/ Au menu, soba (nouilles au sarazin) et tempuras 3/ Devant un restaurant traditionnel de soba 4/ Vue sur les Alpes japonaises
1/ Qui a dit que les japonais en avait des petites? 2/ Barrage particulièrement haut! 3/ Au menu, soba (nouilles au sarazin) et tempuras 3/ Devant un restaurant traditionnel de soba 4/ Vue sur les Alpes japonaises

1/ Qui a dit que les japonais en avait des petites? 2/ Barrage particulièrement haut! 3/ Au menu, soba (nouilles au sarazin) et tempuras 3/ Devant un restaurant traditionnel de soba 4/ Vue sur les Alpes japonaises

Rédigé par lattitudeterre

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brigitte et alain 28/06/2014 16:27

bravo a vous, car cela n"a pas l'air d'etre de tout repos au japon! mais vous nous avez déjà prouvé que rien ne vous arrete alors courage.... sinon alban tu me parais avoir bien maigri déjà que tu n'es pas gros !!! pas possiblité d'aller chez l'habitant au japon ? merci pour vos superbes photos Jessica est tjours tout sourire pourtant ca doit pas facile tous les jours on pense bien a vous et merci de nous faire vivre votre périple bisous a vous deux

marcel 16/06/2014 16:11

salut les jeunes
Je vois que le Japon n'est pas de tout repos, mais après toutes les précédentes aventures vous allez vous en sortir.Par contre vu les prix il faudra supprimer la bière !
J'espère que vous allez quand même prendre un peu plus de plaisir.
J'espère que le vélo n'est pas trop abimé, peut être que c'est les roulements ? car ça fait pas de kilomètres....
Alban je te félicite car tu as réussi à faire qu'un Japonais te regarde avec des yeux ronds ! belle performance.
Je suis actuellement à Cusco, je vais rester huit jours à visiter la vallée sacrée, puis direction Titicaca et la Bolivie. Ici c'est beaucoup moins cher qu'au Japon, mais si les prix sont plus bas, les cols sont plus hauts.
J'ai vu sur le net un séisme de 5.8 au Japon, j'espère ue c'est bon pour vous deux.
Prenez soin de vous, je vous embrasse.
bises
marcel
ps: j'ai toujours la bouteille de ricard.........