Article 36: Zone rouge

Publié le 10 Mai 2014

Alban à Kuala Lumpur, Malaisie - 10 mai 2014

Patricia et Claude, qui nous ont hébergé à Bangkok, nous ont mis en garde contre le sud de la Thaïlande. Il existe en effet, depuis plus de 10 ans, un conflit "oublié" opposant musulmans et bouddhistes. Selon lnoi Thammasathien, cette ancienne journaliste thaïlandaise aujourd’hui engagée dans une ONG défendant les victimes des violences dans le Sud « l’État thaïlandais ne sait pas gérer ses minorités, dans le nord du pays comme au sud. La seule réponse que le gouvernement propose à cette insurrection du Sud est l’envoi de plus de 30 000 soldats qui répriment et contrôlent toute la zone, sans aucune issue pacifique ou politique. » En moyenne, entre 80 et 100 incidents chaque mois. Et déjà 4 500 victimes et 11 000 blessés. Vous comprendrez que dans cette ambiance, nous avons opté pour une autre solution en recherchant à rejoindre la frontière malaisienne par bus ou train.

En quittant Kho Lanta, nous avons eu la chance de tomber sur Pascal, un belge installé dans le pays depuis 8 ans, qui nous a avancé jusqu'à la route principale (30km). Ensuite, après quelques kilomètres à vélo, nous avons rencontré Ton (22 ans) qui voyage avec toute sa famille (11 personnes réparties dans 2 gros pick-up) et quelques dizaines de kilos d'ananas! Malgré un encombrement certain, ils ont immédiatement insisté pour nous avancer jusqu'à Trang où nous espérons prendre le train. C'est donc une nouvelle fois assis à l'arrière du pick-up, le coffre ouvert, que nous avalons les kilomètres. Cette pratique, forte agréable est très courante en Asie du Sud-Est (et ailleurs...)!

Depuis Trang, nous envisagions donc de prendre le train ou le bus. Nous avons passé la nuit dans cette ville sans oublier de faire un saut le soir au marché de nuit pour régaler à nouveau nos papilles des délices thaïlandais. Le lendemain matin, nous nous rendons à la gare. Et là, déception car nous apprenons qu'il n'y a ni train, ni bus pour rejoindre la frontière. Et nous re-voilà de nouveau sur le bord de la route essayant d'arrêter un pick-up pour avancer au plus vite. Même si les thaïlandais ne sont pas les plus arrangeants pour le stop, nous avons trouvé assez facilement une voiture. Nous faisons d'abord une première partie jusqu'à Phatthalung puis nous parvenons a attraper aussitôt une nouvelle voiture qui nous conduit jusqu'à Hat Yaï, 100km plus au sud. Nous mangeons un morceau dans une gargotte de la ville et décidons que nous passerons la nuit dans la campagne. Nous prenons donc un itinéraire qui nous permet de sortir de l'agglomération. Alors que nous sommes arrêtés à un feu rouge, nous entendons une énorme explosion à une centaine de mètres sur notre droite. Et dire que c'est le route que nous étions censé prendre... Les gens autour de nous descendent des voitures, se regardent et ne savent pas très bien quoi faire. Les plus curieux se dirigent vers la fumée noir qui commence à s'élever dans le ciel. Nous, complètement paniqués, filons le plus vite possible dans la direction opposée. Jess, les yeux rivées sur le gps m'indiquent le chemin à prendre pour contourner au mieux le quartier. "Au feu à droite"; "En direction du pont"; "Tu crois que c'était une bombe?"... Les réponses restent évasivent. Je ne parviens pas à me concentrer sur ce que me demande Jess. Seul les directions captent mon attention...

Nous faisons une bonne vingtaine de kilomètres en pédalant le plus vite possible avant de nous arrêter. Au loin, une épaisse fumée noir plane au-dessus de la ville. Nous décidons de bivouaquer en pleine campagne, à proximité d'une commerce où quelques locaux nous accueillent pour la nuit. Le lendemain nous sommes dès 5h20 sur notre vélo et à 8h, nous arrivons devant la douane où nous passons la frontière sans encombre.

Quelques jours plus tard, nous apprenons par les journaux que deux bombes ont explosé mardi 6 mai à quelques minutes d'intervalles dans la ville de Hat Yai, dans le sud de la Thaïlande. Une des bombes a explosé devant un commerce situé près d'une école tandis que la seconde explosion a eu lieu près d'un commissariat de police. "Les explosions ont eu lieu à quelques minutes d'intervalles. Cinq personnes ont été blessées dans la supérette. Elles sont toutes conscientes et ont été conduites à l'hôpital. Personne n'a été blessé lors de la seconde explosion", a déclaré Krissada Boonrat, gouverneur de la province de Songkhla, où se situe Hat Yai.

Après cette histoire complètement dingue, nous faisons nos premiers tours de roue en Malaisie en essayant tant bien que de mal d'oublier tout ça.

Notre premier bivouac est loin d'être idyllique. A proximité d'une voie rapide, nous sommes contraints de nous installer entre un grillage et une rangée d'arbre. Alors que nous sommes en train monter notre tente, la pluie se met à tomber. En moins de 5 minutes, nous essuyons un violent orage qui fait chuter la température de plus de 10°C ce qui est plutôt sympa. Le seule problème, c'est qu'avec toute cette pluie nous sommes bloqués dans la tente sans avoir eu le temps de manger quoi que ce soit.

Le lendemain, alors que nous sommes en train de charger notre vélo, un homme s'arrête et traverse l'autoroute pour nous offrir deux croissants salés. Après seulement 2km, un homme qui allait rentrer dans sa voiture nous demande de nous ranger sur le bas côté pour nous donner deux bouteilles d'eau. Aussitôt, deux hommes et une femme viennent à notre rencontre et nous proposent de nous préparer un petit déjeuner! Elangoo, Sami et Shanti sont tous trois intitueurs à l'école indienne. Ils nous accueillent dans leur réfectoire où nous nous laissons servir un véritable festin: un roomali roti (du pain plat et tendre originaire du centre de l'Inde) ainsi que des galettes de riz que l'on trempe dans des délicieuses sauces! Et oui, en repassant dans un pays musulman, nous sommes de nouveau touchés par la gentilesse des gens qui se sentent soucieux de notre bien être. Ce qui nous fait sourire ici c'est qu'à chaque fois que quelqu'un vient nous voir il nous demande si l'on a mangé! Jamais les gens n'ont eu autant de considération concernant notre estomac!

Même s'il fait légèrement moins chaud qu'en Thaïlande, nous sommes désormais écrasés par un taux d'humidité record qui entraine chaque soir de fortes averses tropicales. Nos habits ne sèchent qu'à moitié, notre corps est recouvert de boutons de chaleur, tout cela mélangé à notre odeur de transpiration...je vous laisse imaginer !En parlant de ça, un jour nous sommes allés racheter des sandales à Jess dans un magasin après avoir passés 3 jours sans prendre une douche. Nous nous sommes tout de suite rendus compte que notre odeur laissait à désirer...Jess s'excuse auprès de la vendeuse pour le désagrèment, laquelle lui répond avec un grand sourire qu'elle ne sent rien et qu'il n'y a pas de problème. Il n'empêche que lorsqu'elle est allée chercher les sandales dans la remise, elle en a profité pour s'asperger de parfum et tout le magasin ce qui parvenait péniblement à couvrir notre odeur de pieds moisis ! On s'est senti un peu cons mais on a bien rit!

Même si la Malaisie nous promet de belles rencontres, Jess qui subit quotidiennement les attaques du soleil et de la chaleur avec des brûlures sur les jambes tombe malade et tire la sonnette d'alarme. La chaleur est trop insupportable, ajoutés à celà les pluies quotidiennes et l'humidité.

Donc après 3 belles étapes dans le nord du pays, nous décidons de prendre un bus depuis Sungai Petani pour rejoindre, à quelques 300km plus au sud, Kuala Lumpur.

Le 9 mai, après plus de cinq heures de bus où nous avons traversé des centaines d'hectares de plantation de palme, nous débarquons une nouvelle fois sous la pluie dans cette ville qui marque la fin de notre périple en Asie du sud-est. Le soir-même, nous retrouvons avec joie Pascal, un cyclo-voyageur français que nous avions rencontré il y a maintenant 5 mois dans le nord du Laos. Il nous reste désormais 9 jours pour préparer au mieux notre prochaine étape: le Japon!

Au programme, planification d'un itinéraire sympa pour le Japon, faire un colis que l'on va renvoyer chez nous pour nous alléger un peu, trouver des cartons pour emballer le vélo et surtout se faire plaisir dans ce melting pot qui compose Kuala Lumpur.

 

 

Plages de Kho Lanta !Plages de Kho Lanta !

Plages de Kho Lanta !

Rédigé par lattitudeterre

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